Les Cœurs autonomes

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Titre : Les Cœurs autonomes

Auteur : David Foenkinos

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 126

 

  • Quatrième de couverture : 

Histoire d’un amour hors du commun, évocation de la jeunesse révoltée, ce roman est librement inspiré de l’histoire de deux jeunes amants meurtriers. Un « fait divers » qui, en octobre 1994, bouleversa la France.

 

  • Mon avis : 

Une histoire peu commune signée Foenkinos. Je ne pensais pas pouvoir redécouvrir cet auteur que j’apprécie tant, mais le récit des Cœurs autonomes est si particulier qu’il révèle une autre facette de l’auteur. 

Chose étonnante de la part de l’écrivain, il s’inspire d’un fait divers, celui de l’affaire Rey-Maupin qui toucha la France en 1994, pour écrire ou plutôt réécrire cette histoire. Il s’agit de deux jeunes révolutionnaires, deux amants maudits qui sont les auteurs d’une fusillade en région parisienne.

« Elle était une ombre avec le sourire. Une ombre attendant sa lumière, et bientôt elle la trouverait dans un soulagement extatique. La puissance d’une histoire d’amour est toujours proportionnelle au vide qui l’a précédée. »

David Foenkinos relate donc les faits : la rencontre, le plan et la fusillade. Mais c’est d’une façon quelque peu atypique qu’il les narre puisque le point de vue est extérieur. Le narrateur n’est pas l’un des amants mais un ami, une connaissance du couple. C’est une histoire dramatique aux accents poétiques. L’amour et la haine sont mis en avant puisqu’ils ont fait de leur vie un véritable enfer.

Tout va trop vite pour s’attacher aux personnages que ça soit ceux des deux amants ou celui du narrateur. Cependant, les divers sentiments qu’ils éprouvent sont si bien décrits, que même face à l’horreur, le lecteur ne peut qu’éprouver de la compassion à l’égard des meurtriers.

« Le mode d’emploi de la vie sans lui, elle ne le connaît pas. »

À travers le drame,  David Foenkinos peint quelque chose de beau empreint de douceur malgré la violence du fait divers. Ce roman est l’un des premiers de l’auteur, mais le charme de sa plume est bien présent.

Tout à fait différent des autres romans de l’auteur, Les Cœurs autonomes est une agréable surprise, aussi dure soit-elle.

Bilan estival 2017

J’avais pour habitude de faire un bilan estival regroupant les mois de juillet et d’août. Cette année, ce sont les mois de juin et de juillet que je rassemble dans un seul et même bilan. Pour éviter que celui-ci soit trop barbant, je l’ai condensé au maximum en omettant de parler des films et des séries que j’ai vu au cours de ces deux mois.

 

 

Les très bonnes lectures de juin

 

 

Les coups de cœurs de juin

 

♠︎♠︎♠︎

 

Les bonnes lectures de juillet

 

 

Les très bonnes lectures de juillet

 

 

Les coups de cœurs de juillet

 

 En vous souhaitant un bon mois d’août !

D’après une histoire vraie

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Titre : D’après une histoire vraie

Auteur : Delphine de Vigan

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 380

 

  • Quatrième de couverture : 

« Encore aujourd’hui, il m’est difficile d’expliquer comment notre relation s’est développée si rapidement, et de quelle manière L. a pu, en l’espace de quelques mois, occuper une place dans ma vie. L. exerçait sur moi une véritable fascination. L. m’étonnait, m’amusait, m’intriguait. M’intimidait. […] L. exerçait sur moi une douce emprise, intime et troublante, dont j’ignorais la cause et la portée. »

 

  • Mon avis : 

J’ai été quelque peu déçue par la lecture de Rien ne s’oppose à la nuit. De fait j’étais un peu sceptique à l’idée de commencer ce roman, mais je ne regrette pas cette lecture me permettant de me réconcilier avec l’auteure. 

« Rares sont les amis dont nous pouvons nous dire qu’ils ont changé notre vie, avec cette certitude étrange que, sans eux, notre vie tout simplement n’aurait pas été la même, avec l’intime conviction que l’incidence de ce lien, son influence, ne se limite pas à quelques dîners, soirées ou vacances, mais que ce lien a irradié, rayonné, bien au-delà, qu’il a agi sur les choix les plus importants que nous avons faits, qu’il a profondément modifié notre manière d’être et contribué à affirmer notre mode de vie. »

Suite au succès de son dernier roman, la narratrice, Delphine, ne parvient plus à écrire. Elle sombre dans une grande période de doute jusqu’à sa rencontre avec l’étonnante L. Cette dernière si bienveillante à l’égard de Delphine s’empare peu à peu de sa vie et d’elle-même. Une emprise psychologique terrible.

Delphine de Vigan sort de sa zone de confort et nous livre un roman qui se situe entre autobiographie et thriller psychologique. La narratrice vit un véritable enfer dont elle ne se rend pas compte de suite. Aveuglée par sa récente amitié pour L., elle n’arrive pas à distinguer le vrai du faux, le bien du mal.

« Tu sais, il y a une chose que j’ai apprise. Une chose injuste qui sépare le monde en deux : dans la vie, il y a ceux dont on se souvient et puis ceux qu’on oublie. Ceux qui laissent une empreinte, où qu’ils aillent, et ceux qui passent inaperçus, qui ne laissent aucune trace. Ils n’impriment pas la pellicule. Ça s’efface derrière eux. »

Le personnage de Delphine est loin d’être naïf. Je pense que le lecteur peut aisément s’identifier à la narratrice parce qu’elle est perdue et se laisse tromper par L. Dès le début on perçoit que L. n’est pas totalement normale, que quelque chose de dérangeant se dégage d’elle. Elle est à la fois trop et pas assez présente. L. est toujours là quand il faut. L. est au courant de tout, elle connaît toute la vie de Delphine ce qui est relativement effrayant.

On ne peut que reconnaître le tapeur de l’auteure avec cette lecture, aussi perturbante soit-elle. Outre l’écriture et les mots percutants utilisés, Vigan nous sert une intrigue terrible et vraiment cruelle pour l’esprit. J’ai beaucoup apprécié les thèmes évoqués tels l’écriture, l’importance du vrai, l’amitié et la confiance que l’on donne aux autres. Des thèmes vus et revus mais qui étonnent par la manière dont ils sont traités.

« Peu de gens savent se manifester si on ne les appelle pas. Peu de gens savent franchir les barrières que nous avons plantées dans la terre meuble et bourbeuse de nos tranchées. Peu de gens sont capables de venir nous chercher là où nous sommes vraiment. Car tu es comme moi, Delphine, tu n’es pas du genre à appeler au secours. […] Mais demander de l’aide au présent, au moment où tu t’enfonces, où tu te noies, je suis certaine que tu ne l’as jamais fait. »

Ce livre est une claque. Il est troublant, il hante l’esprit du lecteur. Certes il y a une fin, mais de nombreuses questions restent sans réponse, et surtout, qu’en est-il du vrai et du faux de cette histoire ?

Le Parfum

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Titre : Le Parfum

Auteur : Patrick Süskind

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 280

 

  • Résumé de la quatrième de couverture : 

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pas survécu. 

Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements, et son âme n’avait besoin de rien. Or ce monstre de Grenouille avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ».

 

  • Mon avis :

Lu il y a quelques années, ce livre n’a cessé de me hanter jusqu’à ce que je me replonge dans une nouvelle lecture. Quelque chose d’unique se dégage de ce livre et ce n’est pas uniquement olfactif. 

Le destin de Jean-Baptiste Grenouille semble être tracé bien avant sa naissance. De son enfance à l’âge adulte, la vie semble être contre lui. Tous les malheurs humains possibles lui arrivent. Malgré son aspect monstrueux, Grenouille est doté d’un don unique : un odorat hors du commun. Aucune odeur ne peut lui résister.

« Cent mille parfums paraissaient sans valeur comparés à celui-là. Ce parfum unique était le principe supérieur sur le modèle duquel devaient s’ordonner tous les autres. Il était la beauté pure. »

C’est l’histoire d’un meurtrier qui pourtant n’a rien d’un meurtrier. Certes la vie de Grenouille ne fut pas simple, mais son don est pour lui un moyen de réaliser des choses incroyables. Toutefois, ce don est la source de son malheur ou de son absence de bonheur. Le fait est que Grenouille connaît toutes les odeurs qui existent sur terre, aucune n’échappe à son odorat. Pourtant cela ne lui est pas suffisant : Grenouille veut créer le parfum ultime, la senteur la plus parfaite.

Jean-Baptiste Grenouille est un personnage de roman unique en son genre et absolument incroyable. Je l’ai trouvé encore plus fascinant qu’à ma première lecture. Il est loin d’être parfait puisqu’il incarne le mal, mais il est si exceptionnel qu’on pourrait lui pardonner ses crimes. Son don le rend absolument singulier, mais c’est surtout sa vision du monde et des hommes qui fait de lui un personnage grandiose et si complexe.

« Ce qu’il désirait, c’était l’odeur de certains êtres humains : à savoir de ces êtres rarissimes qui inspirent l’amour. C’étaient eux ses victimes. »

Outre le protagoniste, si j’apprécie autant cette œuvre c’est pour la plume de son auteur. À l’image de Grenouille, Süskind doit avoir un don pour l’écriture puisqu’il arrive à transmettre à travers les mots de nombreuses sensations, la plupart étant olfactives. Les descriptions sont d’une beauté irréelle, comme l’est ce roman.

Le Parfum est une œuvre comme on en trouve peu. Elle est de celles qui marquent, qui laissent une empreinte à son lecteur. Je sors de cette seconde lecture encore plus troublée qu’à la première. L’histoire de ce meurtrier devrait être connue de tous.

La Ronde de nuit

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Titre : La Ronde de nuit

Auteur : Patrick Modiano

Éditions : Folio

Pages : 153

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Comment devenir traître, comment ne pas l’être ? C’est la question que se pose le héros du récit qui travaille en même temps pour la Gestapo française et pour un réseau de résistance. Cette quête angoissée le conduit au martyre, seule échappatoire possible.

 

  • Mon avis :

Suite à ma première lecture et découverte de Patrick Modiano, je me suis lancée dans un autre roman de cet auteur. Après lecture, La Ronde de nuit me laisse encore perplexe et dans une certaine incompréhension. 

Un jeune homme, collaborateur durant la seconde Guerre Mondiale, rejoint la Résistance. Il a le devoir d’espionner les collaborateurs pour les résistants et inversement. Chose peu évidente pour ce jeune héros déstabilisé par sa situation.

« L’époque où nous vivions exigeait des qualités exceptionnelles dans l’héroïsme ou dans le crime. »

L’intrigue n’est pas des plus simples. Toute son étrangeté repose sur le personnage principal qui reste anonyme tout au long du roman. J’ai trouvé cela assez perturbant de ne quasiment rien savoir du protagoniste alors que le récit est raconté à la première personne. Cet agent double est en quête d’identité, une quête partagée avec le lecteur qui ne sait où l’histoire va le mener.

Je n’ai pas réussi à m’attacher à ce personnage mystérieux qui doute de tout le monde et surtout de lui-même. Toutefois, je pense qu’on ne peut que compatir face à ce traître ou non, cela dépend de la manière dont on voit les choses. Mais on ne peut rester insensible face à la difficile situation dans laquelle il se retrouve.

« Une nuit d’été si bleue, si tiède qu’elle paraissait sans lendemain et que les mots ‟rendre l’âme” ‟exhaler une dernier soupir” me venaient aussitôt à l’esprit. Le monde mourait de consomption. »

Le style de l’auteur est toujours aussi particulier, malheureusement je ne l’ai pas autant apprécié pour ce roman. Bien que la question de la quête de soi est intéressante est bien exploitée, l’intrigue se révèle être complexe parce que tout s’enchaîne trop vite au point de se retrouver perdu.

Je ne suis pas déçue du livre, mais déçue de moi-même pour ne pas avoir bien saisi l’intrigue à sa juste valeur. Cependant, je persiste à penser que Modiano est un écrivain surprenant grâce à sa plume particulière.

Et on tuera tous les affreux

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Titre : Et on tuera tous les affreux

Auteur : Boris Vian

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 220

 

  • Résumé de la quatrième de couverture : 

Se réveiller tout nu dans une chambre de clinique, où l’on veut vous forcer à faire l’amour avec une très belle fille… L’aventure n’est pas banale. Surtout quand on s’appelle Rocky, que l’on est la coqueluche des demoiselles et qu’on voudrait se garder vierge jusqu’à vingt ans. Un homme assassiné dans une cabine téléphonique, des photos d’opérations chirurgicales abominables, des courses-poursuites, des coups de poing, et, au désespoir de Rocky, des filles partout : tel est le cocktail mis au point par Boris Vian – avis Vernon Sullivan – dans ce polar mené à un train d’enfer, tour à tour angoissant et hilarant. À la clef, la clinique où le diabolique Dr Schutz sélectionne des reproducteurs humains et bricole des embryons, prototypes quelquefois ratés d’une race « supérieure ». 

 

  • Mon avis :

Dans la liste des meilleurs romans de Boris Vian, je vous présente Et on tuera tous les affreux. Signée Vernon Sullivan, cette œuvre qui se situe à la frontière de la dystopie pourrait être le parfait scénario d’un film burlesque.

Le héros de l’histoire enquête sur son propre enlèvement survenu au cours d’une soirée et dont il garde peu de souvenirs. Rocky, avec l’aide de ses amis, se lance dans une course-poursuite qui se mêle à une enquête policière des plus atypiques pour le guider dans un univers totalement stéréotypé.

J’ai avant tout été surprise par le genre de l’intrigue qui est entre la dystopie et le polar, mais étonnamment, le rendu est plus que bon. À l’image de Rocky, le lecteur est désemparé face à ce qui lui arrive. De fait, l’intrigue ne laisse pas une minute de répit au lecteur tant les évènements s’enchaînent à merveille, ce qui semble parfois trop facile.

« Je remercie en moi-même mes parents du physique qu’ils m’ont donné, il y en a qui remercient Dieu, je sais… mais entre nous, je trouve qu’ils mêlent Dieu à des histoires auxquelles il n’a réellement rien à voir. »

Comme l’intrigue, les personnages sont très stéréotypés, notamment le héros, Rocky. Derrière une apparence de bellâtre et de dur à cuir incarnant la perfection, parce que oui, Rocky est absolument parfait, se cache un être sensible. Il peut être surprenant que Rocky respecte autant ses convictions quand on se rend compte de tous les clichés qu’il incarne à lui tout seul. Toutefois, j’ai aimé ce personnage grandement ironique, ainsi que le trio inattendu formé par Gary, Andy et Mike.

Ah, ce cher Vian ! Son écriture est toujours aussi agréable. Il manie les clichés à merveille, les rend agaçants au possible et c’est ce qui est incroyable avec lui. C’est si loufoque et truffé d’humour qu’on ne peut que dévorer ce livre. C’est cynique, c’est cru, c’est moderne, c’est percutant, c’est du pur Vian.

Un titre que je pense inoubliable pour son intrigue hors norme et qui fait réfléchir sur de nombreux points. Et on tuera tous les affreux est à lire pour les amateurs de l’auteur.

Les Villes invisibles

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Titre : Les Villes invisibles

Auteurs : Italo Calvino

Éditions : Points

Pages : 188

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Les villes que voici n’ont leur place sur aucun atlas, et on ne sait à quel passé ou présent ou futur appartiennent ces cités qui portent toutes le nom d’une femme. Peu à peu, le lecteur est conduit au milieu d’une mégalopolis contemporaine près de recouvrir la planète. Et tout au long passent des villes qui ne peuvent exister qu’en rêve : filiformes, punctiformes, dédoublées, effacées. Relation de voyage d’un Marco Polo visionnaire auprès d’un Khan mélancolique, ces nouvelles d’un monde rêvé forment un fragile et merveilleux catalogue d’emblèmes.

 

  • Mon avis :

J’ai découvert cet auteur surprenant il y a quelques années avec Le Vicomte pourfendu. Je me suis dit qu’il fallait que je lise d’autres œuvres de Calvino. De fait l’occasion s’est présentée avec Les Villes invisibles, un court récit étonnant. 

Marco Polo décrit à l’empereur Kublai Khan différentes villes dont les descriptions, si oniriques et quasiment parfaites, se rapprochent de celles de diverses femmes.

« Les images de la mémoire, une fois fixées par les paroles, s’effacent. »

On ne peut réellement parler d’intrigue dans ce roman puisqu’il s’agit de plusieurs courts récits descriptifs qui se suivent, tout en étant liés à la dimension imaginaire des personnages. Toutefois, les villes mentionnées, à la fois exotiques et mystérieuses, sont telles des femmes venant hanter l’esprit de l’empereur, ce qui rend la lecture relativement atypique.

Les descriptions deviennent donc vivantes et réelles notamment grâce à la plume de Calvino. J’ai rarement autant voyagé à la lecture d’un livre. Toutes ces villes sont un rêve éveillé. Comme le Khan, j’ai souhaité les découvrir et m’assurer de leur existence. J’ai trouvé que ce personnage était à l’image du lecteur.

« Telle est la conclusion de mes explorations : examinant les traces de bonheur qu’on peut encore apercevoir, j’en mesure la rareté. »

Une lecture particulière et envoutante. En faisant voyager son lecteur, Calvino prouve une nouvelle fois toute son incroyable singularité.