Bakhita

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Titre : Bakhita

Auteur : Véronique Olmi

Éditions : Albin Michel

Pages : 457

 

  • Quatrième de couverture :

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion.

Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.

 

  • Mon avis :

Roman de la rentrée littéraire et en lice pour le prix Goncourt, Bakhita est un livre comme aucun autre jusqu’à présent : d’une vérité cruelle et foudroyante, ce récit ne nous laisse pas indemne. 

« Le monde est partout le même, né du chaos et de l’explosion, il avance en s’effondrant. »

À l’âge de sept ans Bakhita est enlevée par des négriers. Dès lors, elle connaît différents maîtres, diverses maisons jusqu’à l’arrivée du consul d’Italie. Une nouvelle vie commence pour cette jeune esclave noire dont l’unique souhait est de devenir une religieuse.

J’ai lu de nombreux romans, mais des comme Bakhita jamais. Cette histoire vraie relate la vie de Joséphine Bakhita, esclave devenue religieuse qui a été canonisée en 2000 par le pape Jean-Paul II. Véronique Olmi a fait le choix judicieux de diviser son livre en deux grandes parties. La première d’une violence certaine porte sur l’esclave et la seconde, beaucoup plus sereine, sur la rédemption et la vie religieuse de l’héroïne éponyme. La première partie est difficile à lire parce que les détails de l’esclavage et sa brutalité ne sont pas épargnés. Ainsi on se retrouve avec des scènes de tortures aussi bien physiques que morale. Bakhita vit un véritable enfer jusqu’au fameux 29 novembre 1889 quand la sentence tombe : « Bakhita est libre. » Enfin nous pouvons respirer.

La seconde partie est plus centrée sur la religion et le souhait profond de Bakhita pour lequel elle semble vivre : devenir une religieuse. Une longue phase d’apprentissage commence. Cette histoire est celle d’une petite fille qui n’a pas tout compris à ce qui lui est arrivé mais qui n’a jamais perdu espoir, celle de l’humanité.

« Pourtant, traitées comme des bêtes, maltraitées par des bêtes, enfermées, piétinées, attachées, leur personnalité, leurs rêves, et même une partie de leur innocence, ce qu’elles sont, demeure. »

Bakhita est incroyable. Sa vie fut horrible cependant elle est toujours restée la même. Elle a connu l’esclavage, le fascisme, les deux guerres mondiales, et malgré des situations désastreuses, malgré son état déplorable, elle a toujours cherché à aider les autres : Binah, Hawa, Mimmina,… Son altruisme est remarquable. Il lui a certes coûté, mais il lui a permis de garder espoir alors que d’autres auraient abandonné depuis longtemps. L’espoir de revoir sa sœur, l’espoir d’être libérée, l’espoir de vivre, encore un peu.

Roman historique ou biographique cela importe peu. C’est avec la douceur de sa plume que Véronique Olmi parle de chaos. Un mélange de divers sentiments est éprouvé au cours de la lecture. J’avais envie de savoir ce qui allait arriver à Bakhita, mais je n’arrivais pas à continuer ma lecture. Je la voulais libre et sauve. J’ai été choquée par deux scènes particulièrement horribles, et c’est peu dire. Du dégoût, de la haine, de la peur et de la tristesse, certainement un millième de ce qu’a pu ressentir Bakhita. Une profonde tristesse que je n’ai pu retenir lorsque Bakhita fut enfin libre.

« Bakhita n’entend plus rien. Ni l’amour, ni la haine. Ni l’adieu, ni la sentence, cette phrase qu’elle attend depuis treize ans : ‟Je déclare libre la Moretta”, elle ne l’entend pas. »

Dire que ce roman est bouleversant est presque un euphémisme. Véronique Olmi met des mots sur l’innommable et malgré le mal-être que l’on ressent, cela fait du bien. Bakhita est une grande dame, c’est certain. Bakhita vient nous hanter longtemps et étonnamment c’est apaisant.

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Les Chemins de la liberté, tome 1 : L’Âge de raison

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Titre : Les Chemins de la liberté, tome 1 : L’Âge de raison

Auteur : Sartre

Éditions : Folio

Pages : 370

 

  • Quatrième de couverture :

« Ivich regardait à ses pieds d’un air fermé.

-Il doit m’arriver quelque chose.

-Je sais, dit Mathieu, votre ligne de vie est brisée. Mais vous m’avez dit que vous n’y croyiez pas  vraiment.

-Non, je n’y crois pas vraiment… Et puis il y a aussi que je ne peux pas imaginer mon avenir. Il est barré. 

Elle se tut et Mathieu la regarda en silence. Sans avenir… Tout à coup il eut un mauvais goût dans la bouche et il sut qu’il tenait à Ivich de toutes ses forces. C’était vrai qu’elle n’avait pas d’avenir : Ivich à trente ans, Ivich à quarante ans, ça n’avait pas de sens. Il pensa : « Elle n’est pas viable. » »

 

  • Mon avis :

Les Chemins de la liberté, qu’est-ce ? Ce sont trois romans ou plutôt une trilogie qui se situe entre 1938 et 1940. Elle évoque des thèmes marquants comme la liberté, les choix, l’idée d’engagement ou encore l’amour. L’Âge de raison est le premier tome de cette série prometteuse. 

« On n’en finit jamais avec la famille, c’est comme la petite vérole, ça vous prend quand on est gosse et ça vous marque pour la vie. »

Face à sa compagne enceinte, Mathieu, professeur de philosophie, est contraint de trouver une importante somme d’argent pour que Marcelle puisse avorter. N’étant pas tenté par la voie du mariage, Mathieu se lasse de Marcelle qu’il délaisse et est de plus en plus attiré par la jeune Ivich. En plein dans l’âge de raison, Mathieu doit apprendre à faire des choix.

Les faits sont énoncés dès le début : Marcelle est enceinte, c’est un accident, la seule solution et la plus sensée est l’avortement. Mathieu, coupable selon lui, va tout faire pour trouver l’argent nécessaire. Une trame narrative qui, en réalité, se révèle plus complexe que cela avec de profondes interrogations sur l’avortement, mais également sur l’homosexualité, le choix et la parole des femmes, et la notion de liberté. Une incroyable description de l’individualisme.

« Ce qu’il y avait de plus pénible dans la souffrance, c’est qu’elle était un fantôme, on passait son temps à lui courir après, on croyait toujours qu’on allait l’atteindre et se jeter dedans et souffrir un bon coup en serrant les dents, mais au moment où l’on y tombait, elle s’échappait, on ne trouvait plus qu’un éparpillement de mots et des milliers de raisonnements affolés qui grouillaient minutieusement. »

Le personnage de Mathieu est intéressant pour les nombreuses questions qu’il se pose et surtout pour son refus de l’engagement à l’égard de Marcelle qui reflète l’impossibilité ou le manque de parole des femmes à cette époque. La jeunesse et l’insouciance des autres personnages, à savoir Ivich, Boris ou Daniel, sont le parfait reflet de la jeunesse actuelle.

Dans ce roman on retrouve le Sartre tant apprécié des Mains sales et cette importance des choix à effectuer. Sartre met ici en avant sa philosophie et ses idées à travers des personnages qui se révèlent totalement perdus.

« Être libre. Être cause de soi, pouvoir dire : je suis parce que je le veux ; être mon propre commencement. »

Une trilogie qui commence fort avec L’Âge de raison, un roman qui permet de réfléchit sur bien des conditions et avant tout sur la condition humaine.

Le Meurtre d’O’Doul Bridge

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Titre : Le Meurtre d’O’Doul Bridge

Auteur : Florent Marotta

Éditions : Taurnada

Pages : 248

 

  • Résumé : 

San Francisco, sa baie, son océan, sa population cosmopolite. C’est dans cette ville de l’Ouest américain que Michael Ballanger a décidé de se reconstruire. Loin de sa famille en lambeaux, loin de la France où un tueur en série mit sa vie en miettes. Le coach de vie à succès renaît avec la difficulté qui suit la perte d’un être cher. Mais le voilà mêlé au meurtre d’un notable. Au moment de mourir, l’homme a composé un numéro, le sien. Alors la tourmente l’emporte. Réveillant les douleurs du passé.

 

  • Mon avis :

J’ai découvert Florent Marotta avec son roman Le Visage de Satan l’année dernière, puis dans un tout autre univers avec Yzé et le palimpseste. Quel plaisir de retrouver sa plume dans un policier haletant. 

Michael Ballanger, coach de vie surnommé le « French Coach » est mêlé à la mort de l’un de ses clients qui a eu le malheur de composer son numéro avant de mourir. Michael va alors mener l’enquête, un moyen pour lui de trouver la paix par rapport à son passé.

« Était-ce par le prisme du rêve que les souvenirs prenaient cette couleur, cette teinte de mort et de violence ? »

Le premier chapitre nous plonge au cœur de l’intrigue avec la mort de Calvin, client du French coach. Suite à cela, les moments de répit vont être de courte durée. Grâce à l’enquête, nous en apprenons plus sur le passé de Michael qui lui a causé de grandes pertes. Toutefois, nous pouvons reprocher à l’intrigue d’être trop évidente, trop rapide. Nous connaissons le meurtrier ou du moins le coupable très vite, quasiment au milieu de la lecture ce qui enlève le charme du policier.

Outre ce léger désagrément, le personnage de Michael qui est loin d’être un modèle parce qu’il incarne tous les clichés possibles, est plutôt sympathique et a un bon fond. Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants, notamment Kim qui, malgré son jeune âge et son histoire, n’est absolument pas superficielle. Son lien avec Michael prouve qu’une certaine sagesse demeure en lui et que son instinct paternel ne l’a jamais quitté. Mais le personnage le plus incroyable de cette histoire est Sean Milgram. Son isolement et ses nombreuses craintes à l’égard d’autrui font de lui un être totalement décalé.

« C’est drôle comme on est souvent plus prompt à croire les puissants que les petits. »

L’écriture de Florent Marotta est toujours aussi plaisante au point que la lecture de son roman soit complètement naturelle. Si les pages défilent aussi aisément c’est certainement parce que l’auteur crée une certaine attente chez son lecteur. Même si nous connaissons l’identité du meurtrier, il semble évident que l’enquête ne soit pas entièrement terminée. De fait notre attention est retenue tout au long du roman.

Malgré le manque de suspens, Le Meurtre d’O’Doul Bridge est un roman plaisant et captivant, à l’image de la plume de son auteur. Je remercie Joël et les éditions Taurnada pour ce partenariat.

Bilan août 2017

L’heure du bilan a sonné. Un mois d’août riche voire très riche avec douze lectures. Malgré le travail assez prenant, je n’ai jamais autant lu en août et j’en suis plus que ravie.

Les bonnes lectures

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Un style particulier, cynique et quelque peu brutal, mais c’est ce qui est plaisant dans cette lecture et le fond de l’intrigue est très bien relaté.

 

 

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Une histoire trop courte donc pas assez développée malgré les beaux dessins présents.

 

 

Les très bonnes lectures

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Une douce découverte de cet auteur tant apprécié. Une histoire vraie aux accents dramatiques qui fait réfléchir.

 

 

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Une lecture agréable mais dérageante jusqu’à cette fin surprenante signée Paula Hawkins.

 

 

 

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Impossible de lâcher ce roman. Un narrateur hypnotique dont les réflexions ne laissent pas indifférent.

 

 

 

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Une lecture étonnante, mystérieuse et mélancolique. L’univers de Gaiman est absolument incroyable.

 

 

 

Les coups de cœurs

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J’attendais la fameuse rencontre entre Flash et Grodd avec impatience. Je fus plus que satisfaite. Un tome riche en rebondissements.

 

 

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Comme le tome précédent, Grodd est impressionnant. L’intrigue présentée ici montre sa grandeur et son pouvoir assez perturbant.

 

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Court récit de Proust qui n’en reste pas moins intéressant, notamment pour le rapport que le lecteur a avec la lecture, rapport connu de tous.

 

 

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Cette BD est une mine d’or d’histoire extraordinaires. À lire et relire indéfiniment.

 

 

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Le tout dernier Rougon-Macquart que je considère comme l’un de mes préférés. Une belle conclusion pour une très grande œuvre littéraire.

 

 

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Dernier tome d’Harley, j’ai adoré suivre les aventures de ce personnage aussi loufoque qu’étonnant.

 

 

 

Côté films…

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Vu au cinéma, ce film est du grand Nolan ! Visuellement il est assez incroyable. Le peu de dialogues et la musique nous plongent au cœur du film et de l’action, avec les soldats. Un coup de cœur.

 

 

 

 

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Un Peter Parker adolescent donc plutôt jeune ce qui peut déranger, mais il se débrouille plutôt bien. L’humour prend peut-être le dessus sur l’action, mais le film reste bon.

 

 

 

Côté séries… 

 

Je me suis contentée de terminer les séries que j’avais en cours, à savoir Glow (saison 1). Une petite série sympathique sur le catch, comme quoi, ça se laisse regarder… La saison 2 de Versailles est encore mieux que la première et je le jure ce n’est pas uniquement pour le Roi… Quelle tristesse d’avoir terminé Orphan Black. Cette série, complexe parfois, est à regarder absolument tant elle sort de l’ordinaire et qu’elle est génialissime. Je n’arrive toujours pas à déterminer ce que je pense de Shadowhunters si ce n’est que le niveau de la série a remonté grâce à cette saison 2. J’ai enfin regardé Jessica Jones dont le personnage éponyme est perturbant mais incroyable. Et puis il y a Luke… Je garde le meilleur pour la fin : Game of Thrones (saison 7). Très rapide comme saison, il s’est passé tellement de choses que mon petit cœur en est encore tout retourné.

 

En bref…

Je suis satisfaite de ce mois qui vient clôturer l’été, et je ne vous ai pas parlé de tous les achats merveilleux que j’ai effectué en août… Septembre débute, la rentrée arrive, les cours vont reprendre. J’espère que ce mois sera aussi prospère qu’août. Bonne rentrée à tous !

L’Étrange Vie de Nobody Owens

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Titre : L’Étrange Vie de Nobody Owens

Auteur : Neil Gaiman

Éditions : J’ai Lu

Pages : 251 pages

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Nobody Owens était presque encore un bébé quand sa famille a péri sous la lame du plus célèbre des tueurs de Londres, le Jack. La nuit du drame, il est cependant parvenu à se réfugier dans un cimetière, où un couple de fantômes l’a recueilli et l’a élevé comme l’un des leurs, sous l’oeil bienveillant de Silas, son ami ni vivant ni mort. Mais cette période heureuse est aujourd’hui révolue, car le Jack rôde toujours, et l’heure est venue d’aller l’affronter une bonne fois pour toutes. A l’extérieur.

 

  • Mon avis : 

J’ai toujours été intriguée par la plume de Neil Gaiman, auteur dont l’univers est aussi atypique que fascinant. Mon choix s’est tourné vers L’Étrange Vie de Nobody Owens. Un titre à la résonance étrange, parfait reflet de l’histoire racontée. 

Après l’assassinat de sa famille par le Jack, Nobody Owens est recueilli par un couple de fantômes dans un cimetière alors qu’il n’est encore qu’un bébé. C’est sous la tutelle de Silas que Nobody est élevé parmi les morts, à l’abris du monde extérieur, du monde des vivants.

« En outre, il y a toujours des gens pour trouver leur vie insupportable, au point de croire que le mieux qu’ils aient à faire est de hâter leur transition vers un autre plan de l’existence. »

L’intrigue est assez particulière mais très prenante. La distinction entre le monde des vivants et celui des morts est marquée par ce cimetière qui se révèle être un véritable lieu de vie. Chaque chapitre est une nouvelle aventure pour Bod et pour le lecteur, où diverses créatures émergent.

J’ai adoré le personnage de Bod (Nobody) qui est mature, courageux, perspicace et plein de mélancolie. Suivre son évolution à la manière d’un parcours initiatique est un véritable plaisir. Silas, son tuteur, est très mystérieux et sa sagesse le rend encore plus admirable. Son instinct de protection à l’égard de Bod est touchant tant leur relation semble irréelle. De nombreux autres personnages sont présents, notamment les créatures rencontrées au fil des pages qui sont toutes très intéressantes avec leurs propres particularités.

« De tous les organes la langue est le plus remarquable. Car si nous en usons pour goûter les vins fins comme les poisons amers, c’est elle aussi, cette même langue, qui forge les mots les plus doux comme les plus cruels. »

Une certaine douceur et un soupçon chimérique se dégagent de la plume de Gaiman. Son univers fantastique est incroyable. Son style est poétique ce qui rend l’histoire encore plus belle qu’elle ne l’est déjà.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture aussi étonnante soit-elle. Elle me conforte dans l’idée que je me faisais de cet auteur et de son riche univers que je vais me hâter de redécouvrir.

Le Docteur Pascal

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Titre : Le Docteur Pascal

Auteur : Zola

Éditions : Folio

Pages : 471

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Dans cette touchante histoire d’amour entre un grand spécialiste de l’hérédité et sa nièce, on trouve l’aboutissement d’une aventure familiale, celle des Rougon-Macquart, et un roman scientifique sur ce sujet si actuel, l’hérédité ou la génétique. Bref, une synthèse de l’art et de la pensée, Le Crépuscule des dieux ou Le temps retrouvé de Zola, la fin d’une longue aventure qu’elle résumé et conclut, et un « appel à la vie », un splendide message d’espoir.

 

  • Mon avis :

Après quelques années, vingt tomes, plus de 9110 pages, j’ai terminé les Rougon-Macquart ou la plus magistrale des œuvres littéraires de Zola. Le Docteur Pascal vient clore la saga avec la plus merveilleuse note finale possible, celle de l’espoir. 

« Et c’est l’éternel besoin de mensonge, l’éternel besoin d’illusion qui travaille l’humanité et la ramène en arrière, au charme berceur de l’inconnu… »

Pascal Rougon, médecin et savant, est certainement le plus intelligent de la lignée des Rougon et de la branche bâtarde des Macquart. Il se passionne pour l’hérédité et notamment pour l’histoire de sa famille. Ses plans sont bouleversés quand il prend conscience de son amour pour sa nièce Clotilde qu’il a élevé.

L’histoire de ce roman suit celle des dix-neuf autres : un drame au sein du foyer causant à la fois bonheur et malheur. Cependant, il ne s’agit pas uniquement d’une simple histoire d’amour incestueuse entre un oncle et sa nièce. Quelque peu dérangeante, cette histoire marque pourtant l’espoir pour les générations à venir. Si cette œuvre est aussi incroyable c’est parce que Pascal nous résume, grâce à ses nombreux travaux sur son arbre généalogique, l’histoire des différents membres de sa famille, un moyen assez ingénieux pour revenir sur les autres tomes de la saga.

« Il est des jours où je crois, il en est d’autres où je suis avec toi et avec tes livres. C’est toi qui m’a bouleversée, c’est par toi que je souffre. Et toute ma souffrance est là peut-être, dans ma révolte contre toi que j’aime… »

De fait, je me suis demandée si le docteur Pascal, ce génie incroyable, n’était pas en réalité l’image de Zola. Le lien est frappant pour les travaux concernant l’hérédité ou pour certaines réflexions spécifiques comme la théorie de l’imprégnation. C’est pour cela que Pascal est aussi fascinant. Il semble différent de ses frères et sœurs, de ses parents, de ses cousins et cousines, mais leur sang coule dans ses veines et au fond de lui il est comme eux. Clotilde incarne le commencement du renouveau. Elle est obstinée et passionnée. À l’image de son oncle, Clotilde est très humaine ce qui la rend vraiment touchante. Mais le personnage le plus emblématique et surprenant est l’enfant inconnu, certainement pour le symbole qu’il incarne dès sa naissance.

Il n’est plus nécessaire d’écrire des éloges sur la plume du Maître puisqu’elle a été à chaque fois, de tome en tome, toujours plus fabuleuse. Peut-être est-ce parce que je savais que ce tome était le dernier, mais j’ai trouvé que tout l’art et le génie de Zola se retrouvaient ici. Il rend cet ultime opus fascinant aussi bien pour l’histoire d’amour que pour le point de vue scientifique. Ce roman est du pur et grand Zola !

« Et puis, notre existence n’est plus possible, tu vis et tu me fais vivre dans un cauchemar, avec l’envolée de ton rêve. »

Le Docteur Pascal est la parfaite conclusion attendue à la fresque du Maître. C’est avec une certaine tristesse et un peu de nostalgie que j’ai tourné la dernière page des Rougon-Macquart. C’était une aventure incroyable, un accomplissement personnel remarquable qui, comme le souhaitait peut-être Zola, a imprégné mon âme de lectrice.

La Chute

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Titre : La Chute

Auteur : Camus

Éditions : Folio

Pages : 153

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Dans un bar d’Amsterdam, un homme fait la confession de sa vie à la suite d’un drame muet dont il fut le témoin. 

 

  • Mon avis : 

Après Les Justes, j’ai voulu me lancer dans d’autres lectures de Camus, auteur que je boudais depuis le bac et la fameuse Peste. La Chute m’intriguait et je ne m’attendais pas à tomber sur une lecture aussi pesante pour l’esprit. 

« La vie me devenait moins facile : quand le corps est triste, le cœur languit. »

Jean-Baptiste Clamence, avocat, raconte son histoire à un autre homme, notamment ce qui l’a poussé à arriver à Amsterdam.

Le roman est avant tout perturbant pour sa forme qui est celle d’un long monologue. Seul Jean-Baptiste parle, son interlocuteur ne lui répond à aucun moment ce qui donne l’impression qu’il s’adresse en réalité au lecteur. Je n’ai pas trouvé qu’il y avait véritablement de la grande action dans la vie du narrateur. Son monologue porte plus sur des réflexions variées sur la vie en général et tout ce qui peut toucher l’homme. Des confessions assez perturbantes tant elles semblent d’actualité.

« Une crainte ridicule me poursuivait, en effet : on ne pouvait mourir sans avoir avoué tous ses mensonges. »

Quelque peu cynique, Jean-Baptiste est un personnage hypnotique. J’ai voulu connaître son histoire en espérant qu’il n’omette rien dans son récit. Son évolution est intéressante et permet notamment de plus l’apprécier. En somme, les réflexions du narrateur sont celles que nous nous faisons tous.

Mais si j’ai particulièrement apprécié cette lecture c’est pour la plume remarquable de Camus. Une plume juste, accessible et sensée au point que le lecteur et le narrateur ne fassent plus qu’un.

« N’attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours. »

Encore une belle surprise de Camus. On referme ce court livre avec l’esprit hanté par les pensées du narrateur.