Et on tuera tous les affreux

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Titre : Et on tuera tous les affreux

Auteur : Boris Vian

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 220

 

  • Résumé de la quatrième de couverture : 

Se réveiller tout nu dans une chambre de clinique, où l’on veut vous forcer à faire l’amour avec une très belle fille… L’aventure n’est pas banale. Surtout quand on s’appelle Rocky, que l’on est la coqueluche des demoiselles et qu’on voudrait se garder vierge jusqu’à vingt ans. Un homme assassiné dans une cabine téléphonique, des photos d’opérations chirurgicales abominables, des courses-poursuites, des coups de poing, et, au désespoir de Rocky, des filles partout : tel est le cocktail mis au point par Boris Vian – avis Vernon Sullivan – dans ce polar mené à un train d’enfer, tour à tour angoissant et hilarant. À la clef, la clinique où le diabolique Dr Schutz sélectionne des reproducteurs humains et bricole des embryons, prototypes quelquefois ratés d’une race « supérieure ». 

 

  • Mon avis :

Dans la liste des meilleurs romans de Boris Vian, je vous présente Et on tuera tous les affreux. Signée Vernon Sullivan, cette œuvre qui se situe à la frontière de la dystopie pourrait être le parfait scénario d’un film burlesque.

Le héros de l’histoire enquête sur son propre enlèvement survenu au cours d’une soirée et dont il garde peu de souvenirs. Rocky, avec l’aide de ses amis, se lance dans une course-poursuite qui se mêle à une enquête policière des plus atypiques pour le guider dans un univers totalement stéréotypé.

J’ai avant tout été surprise par le genre de l’intrigue qui est entre la dystopie et le polar, mais étonnamment, le rendu est plus que bon. À l’image de Rocky, le lecteur est désemparé face à ce qui lui arrive. De fait, l’intrigue ne laisse pas une minute de répit au lecteur tant les évènements s’enchaînent à merveille, ce qui semble parfois trop facile.

« Je remercie en moi-même mes parents du physique qu’ils m’ont donné, il y en a qui remercient Dieu, je sais… mais entre nous, je trouve qu’ils mêlent Dieu à des histoires auxquelles il n’a réellement rien à voir. »

Comme l’intrigue, les personnages sont très stéréotypés, notamment le héros, Rocky. Derrière une apparence de bellâtre et de dur à cuir incarnant la perfection, parce que oui, Rocky est absolument parfait, se cache un être sensible. Il peut être surprenant que Rocky respecte autant ses convictions quand on se rend compte de tous les clichés qu’il incarne à lui tout seul. Toutefois, j’ai aimé ce personnage grandement ironique, ainsi que le trio inattendu formé par Gary, Andy et Mike.

Ah, ce cher Vian ! Son écriture est toujours aussi agréable. Il manie les clichés à merveille, les rend agaçants au possible et c’est ce qui est incroyable avec lui. C’est si loufoque et truffé d’humour qu’on ne peut que dévorer ce livre. C’est cynique, c’est cru, c’est moderne, c’est percutant, c’est du pur Vian.

Un titre que je pense inoubliable pour son intrigue hors norme et qui fait réfléchir sur de nombreux points. Et on tuera tous les affreux est à lire pour les amateurs de l’auteur.

Les Villes invisibles

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Titre : Les Villes invisibles

Auteurs : Italo Calvino

Éditions : Points

Pages : 188

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Les villes que voici n’ont leur place sur aucun atlas, et on ne sait à quel passé ou présent ou futur appartiennent ces cités qui portent toutes le nom d’une femme. Peu à peu, le lecteur est conduit au milieu d’une mégalopolis contemporaine près de recouvrir la planète. Et tout au long passent des villes qui ne peuvent exister qu’en rêve : filiformes, punctiformes, dédoublées, effacées. Relation de voyage d’un Marco Polo visionnaire auprès d’un Khan mélancolique, ces nouvelles d’un monde rêvé forment un fragile et merveilleux catalogue d’emblèmes.

 

  • Mon avis :

J’ai découvert cet auteur surprenant il y a quelques années avec Le Vicomte pourfendu. Je me suis dit qu’il fallait que je lise d’autres œuvres de Calvino. De fait l’occasion s’est présentée avec Les Villes invisibles, un court récit étonnant. 

Marco Polo décrit à l’empereur Kublai Khan différentes villes dont les descriptions, si oniriques et quasiment parfaites, se rapprochent de celles de diverses femmes.

« Les images de la mémoire, une fois fixées par les paroles, s’effacent. »

On ne peut réellement parler d’intrigue dans ce roman puisqu’il s’agit de plusieurs courts récits descriptifs qui se suivent, tout en étant liés à la dimension imaginaire des personnages. Toutefois, les villes mentionnées, à la fois exotiques et mystérieuses, sont telles des femmes venant hanter l’esprit de l’empereur, ce qui rend la lecture relativement atypique.

Les descriptions deviennent donc vivantes et réelles notamment grâce à la plume de Calvino. J’ai rarement autant voyagé à la lecture d’un livre. Toutes ces villes sont un rêve éveillé. Comme le Khan, j’ai souhaité les découvrir et m’assurer de leur existence. J’ai trouvé que ce personnage était à l’image du lecteur.

« Telle est la conclusion de mes explorations : examinant les traces de bonheur qu’on peut encore apercevoir, j’en mesure la rareté. »

Une lecture particulière et envoutante. En faisant voyager son lecteur, Calvino prouve une nouvelle fois toute son incroyable singularité.

Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville

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Titre : Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville

Auteur : Edward Carey

Éditions : Grasset

Pages : 576

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Une nuit perpétuelle envahit Londres. L’étrange famille Ferrayor a laissé derrière elle les ruines fumantes de Fetidborough pour s’installer dans la capitale. Depuis leur emménagement, la jeune Eleanor et les Londoniens observent d’étranges phénomènes : des disparitions, des objets qui apparaissent, d’autres qui se transforment. Et cette obscurité qui règne à présent.

La police est à la recherche des Ferrayor pour essayer d’éradiquer le fléau, et tous les moyens sont bons pour mettre la main sur ces dangereux personnages. Le jeune Clod va devoir choisir son camp, déchiré entre sa famille et les habitants de Londres, entre ses affreux semblables et la ville qui ne survivra pas aux ténèbres. À moins que la lumière ne vienne finalement d’un amour que Clod pensait enseveli…

 

  • Mon avis :

C’est avec La Ville qu’Edward Carey met fin à sa trilogie Les Ferrailleurs. Cette saga, encore trop peu connue, est une belle surprise que je ne peux que conseiller, notamment pour son univers atypique et son intrigue étonnante. 

À la fin du tome précédent, la famille Ferrayor avait quitté son château enseveli sous les déchets, pour se retrouver au cœur de Londres. L’arrivée de cette famille n’est pas sans conséquence puisque subitement la nuit ne semble pas pouvoir prendre fin, et les habitants de la ville se transforment peu à peu en divers objets.

Alors que le deuxième tome m’avait quelque peu déçue, celui-ci vient clore la trilogie d’une manière surprenante. Cette fin d’intrigue est plus réfléchie et plus sombre qu’au commencement. Les Ferrayor ne sont plus supérieurs aux autres habitants et ne sont plus aussi craints qu’ils ne l’étaient. La ville de Londres est incontrôlable et le chaos est au bord du règne. La rébellion est plus qu’importante et ce, dans tous les camps.

J’ai été agréablement surprise par Clod qui excelle dans son don. Je trouve que ce personnage, qui n’a cessé d’évoluer au fil de l’histoire, est devenu complet avec une grande assurance et une profonde maturité, ce qui est également le cas de Lucy. De nouveaux personnages font bien évidemment leurs apparition, mais j’ai surtout apprécié retrouver les anciens, et une bonne partie de la famille Ferrayor.

Tout au long de la trilogie j’ai pris du plaisir à lire Edward Carey dont la plume, à la fois simple et originale, est devenue plus sombre et sérieuse au fil des pages. Elle reste toutefois une vraie addiction et je n’ai cessé de me demander comment tout cela allait se terminer.

Les Ferrailleurs est une bonne trilogie, comme on en trouve de moins en moins. Mystérieux et étonnant, ce dernier tome ne pouvait guère être mieux pour conclure cette saga.

La Maison bleu horizon

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Titre : La Maison bleu horizon

Auteur : Jean-Marc Dhainaut

Éditions : Taurnada

Pages : 260

 

  • Résumé : 

Janvier 1985. Tout commence par un message laissé sur le répondeur d’Alan Lambin, enquêteur spécialiste en phénomènes de hantises. Une maison, dans un village de la Somme, semble hantée par un esprit qui effraie la famille qui y vit. En quittant sa chère Bretagne, Alan ignore encore l’enquête bouleversante qui l’attend et les cauchemars qui vont le projeter au cœur des tranchées de 1915. Bloqué par une tempête de neige, sous le regard perçant d’un étrange corbeau, Alan réussira-t-il à libérer cette maison de ce qui la tourmente ?

 

  • Mon avis : 

Cette couverture intrigante qui est à l’image de ce roman a de suite attiré mon attention. Je n’ai lu que très peu de livres, si ce n’est aucun, portant sur le paranormal je me suis donc laissée tenter. Ce roman est une belle surprise.

Alan Lambin se trouve dans un petit village de la Somme pour enquêter sur des évènements paranormaux qui surgissent dans la maison des Anneraux. Hélène, ses deux enfants et la domestique vivent un vrai cauchemar : des portes claquent, des pleurs retentissent, des apparitions surgissent… De quoi en effrayer plus d’un ! Alan est prêt à tout pour trouver une explication à cela, qu’elle soit rationnelle ou irrationnelle.

Dès le début de l’histoire l’auteur nous plonge dans une univers fantastique. L’intrigue est pleine de rebondissements au point que l’on découvre les évènements en même temps qu’Alan. L’ambiance de ce roman est assez curieuse, surprenante et sombre. Cette ‟chasse aux fantômes” se révèle plus complexe qu’elle ne le semblait au commencement. En effet, il ne s’agit pas uniquement de se trouver au sein d’une atmosphère douteuse et surnaturelle, l’Histoire prend une part importante. C’est certainement le point que je l’ai plus apprécié, le fait que cette dimension paranormale se mêle à celle de la Première Guerre mondiale ce qui rend l’intrigue encore plus attrayante.

Les personnages sont comme le roman, c’est-à-dire très mystérieux et ne se dévoilent pas si facilement. Toutefois, j’ai beaucoup apprécié le personnage d’Alan qui est obstiné et a la volonté de comprendre et d’aider cette famille aussi étrange soit-elle. J’ai également trouvé que les fantômes étaient tout aussi intéressants que les êtres humains, notamment pour leur histoire.

Si l’intrigue est aussi bien construite c’est grâce à la plume captivante de Jean-Marc Dhainaut qui permet de garder le mystère sur les évènements jusqu’à la toute fin. Le paranormal et l’Histoire sont vraiment bien exploités, sans en faire trop ou tomber dans le superficiel. Je ne m’attendais pas à avoir peur pendant ma lecture, mais celle-ci est si oppressante qu’il est difficile de s’en détacher avant de connaître l’explication finale.

Je remercie les éditions Taurnada pour ce partenariat qui m’a permis de découvrir un très bon roman. La Maison bleu horizon ne laisse pas une minute de répit à son lecteur tant l’intrigue est prenante.

Après toi

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Titre : Après toi

Auteur : Jojo Moyes

Éditions : Milady

Pages : 472

 

  • Résumé de la quatrième de couverture : 

Lou a promis à l’homme qu’elle aimait de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Mais sans lui, le monde paraît bien sombre et elle peine à tourner la page. Sa vie londonienne ne la rend pas heureuse : dans le bar d’aéroport où elle travaille sous les ordres d’un patron tyrannique, elle regarde chaque jour les autres s’envoler tandis qu’elle reste désespérément clouée au sol… Honorer la promesse faite à Will lui paraît impossible. Pourtant, au moment où elle croit avoir touché le fond, sa rencontre inattendue avec Lily sera peut-être le nouveau départ qu’elle espérait. Et le meilleur moyen de tenir sa promesse.

 

  • Mon avis :

Souvenez-vous : Avant toi, ce roman évoquant des thèmes forts, ce roman d’une beauté incroyable où les émotions semblaient si réelles, ce roman inoubliable dont une suite semblait improbable. Et bien Après toi est apparu tel un miracle. 

« Parfois, je songeais aux vies des gens qui m’entouraient et me demandais si nous étions tous destinés à laisser des ruines dans notre sillage. »

À la fin du tome précédent, Lou était anéantie par la mort de Will qu’elle n’a pu empêcher. Elle lui avait fait la promesse qu’après lui, elle allait vivre et être heureuse. Chose peu facile quand on se rend compte que sa nouvelle vie n’a rien de passionnant. Puis Lily entre soudainement dans sa vie. Cette jeune fille aussi perdue que Lou va lui réapprendre à vivre à sa manière.

En tenant ce livre entre mes mains, je me suis demandée s’il allait se distinguer d’Avant toi et si ce dernier allait lui faire de l’ombre. La réponse est venue après quelques pages : oui. L’intrigue se rapproche évidemment du tome précédent puisque l’auteure reprend des thèmes similaires comme la mort et son acceptation, les relations humaines et la volonté de vivre. Toutefois, Après toi est différent parce que les personnages ne se battent pas pour une personne, mais bien pour eux. L’intrigue reste imprévisible et rien ne semble joué d’avance.

« Comment pourrais-je décrire cette complicité entre nous ? Les plaisanteries que nous partagions, les vérités crues, les secrets ? Comment pourrais-je leur expliquer que ces quelques mois avaient tout changé à la façon dont je percevais l’existence ? »

Lou a certes changé parce qu’elle est hantée par Will et l’amour qu’elle éprouvait pour lui. Je l’ai trouvée beaucoup plus mature dans sa manière d’appréhender les évènements et de prendre du recul par rapport à ceux-ci. Mais elle reste elle-même en étant toujours aussi adorable, drôle et naturelle. J’ai été ravie de retrouver certains personnages du premier livre à savoir la famille de Lou, ainsi que Nathan, M. Traynor et Camilla. Et j’ai également été satisfaite de rencontrer de nouveaux personnages, notamment Lily et Sam. Ce dernier est surprenant tant il est gentil et compréhensif. Quant à Lily, elle est assez difficile à cerner et immature dans ses actes, mais je l’ai trouvée intéressante puisqu’elle semble être l’antithèse directe de Lou.

J’ai l’impression que dans chaque roman de Jojo Moyes ses mots sont touchants. Elle arrive à  transmettre les émotions de ses personnages à son lecteur d’une façon étonnante. Malgré la complexité des sujets évoqués et de son émouvante intrigue, l’auteure garde cette touche d’humour qui lui est propre ce qui nous empêche de rester trop longtemps dans le larmoyant.

« Je ne pouvais lui avouer que je n’étais jamais triste en sa présence, ni qu’il me rendait si heureuse que cela m’effrayait. » 

Après toi n’est certes pas Avant toi et je crois que les sentiments éprouvés à la lecture son différents, mais ce roman est à la hauteur du premier. Ce fut un plaisir de retrouver Lou et d’avoir pu suivre son évolution. Une suite inespérée plus que plaisante.

Anna Karénine

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Titre : Anna Karénine

Auteur : Tolstoï

Éditions : Folio classique

Pages : 894

 

  • Résumé :

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère. Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine. Dans son insondable solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

 

  • Mon avis :

Ah Tolstoï ! Ah Anna Karénine ! Avant de lire cette œuvre je l’idéalisais déjà beaucoup. Il y a une sorte d’aura qui virevolte autour d’elle. Après lecture, ce roman est comme je l’imaginais : unique, émouvant, inoubliable.

« Les jeunes filles de l’univers se divisaient en deux catégories : l’une, qui les comprenait toutes sauf ‟elle”, participait à toutes les faiblesses humaines ; l’autre, qu’elle composait à elle seule, ignorait toute imperfection et planait au-dessus de l’humanité. »

Dans ce beau pavé, plusieurs histoires se mêlent à celle de l’héroïne éponyme, mais toutes tournent autour de l’amour. L’amour présenté ici n’a rien de sot. Il est décrit avec une certaine volupté, comme quelque chose de singulier qui rend l’homme vivant. Au-delà des convenances de la société russe, Anna Karénine, fil conducteur de ce roman, va s’éprendre du comte Vronski et révéler cette liaison secrète à son mari Alexis Alexandrovitch Karénine. Ce dernier a pour dessein de sauver les apparences et de garder la réputation due à son nom. Derrière cette vague passionnelle qui touche également Lévine et Kitty, se trouvent des problèmes portant sur la politique et l’agriculture.

Tolstoï a fait le choix de plonger son lecteur dans l’intrigue dès la première page en présentant certains des personnages principaux et les liens qu’ils ont entre eux. Anna Karénine raconte donc deux passions : l’une heureuse, celle de Lévine et Kitty, et l’autre, le triangle Anna-Vronski-Karénine, considérée comme un mal. Toutefois, la passion, bien qu’elle soit très prenante et présente tout au long du roman, n’est qu’une partie de l’intrigue. L’autre repose sur l’importance du regard et du jugement d’autrui face à des situations peu habituelles et surtout non conventionnelles.

« Il ne pouvait s’y tromper : ces yeux étaient uniques au monde, et une seule créature personnifiait pour lui la joie de vivre, justifiait l’existence de l’univers. C’était elle. »

Étonnamment, j’ai apprécié le fait qu’il y ait beaucoup de personnages tant ils sont riches et variés. J’ai attendu avec impatience l’arrivée d’Anna qui fut magistrale et à la hauteur de mes espérances. Anna est l’incarnation de la beauté sous toutes ses formes. Elle est l’héroïne parfaite. Tout comme elle, j’ai été charmée par Vronski. C’est un personnage incroyable à la personnalité touchante. Karénine l’est également, mais à sa manière. Le fait qu’il soit plus sévère et assez porté sur les règles le rend quelque peu ennuyant, mais je crois qu’on ne peut qu’éprouver de la compassion à son égard. Le dernier personnage bouleversant selon moi est Lévine. On peut aisément s’identifier à lui tant il est humain et semble si réel.

J’appréhendais la lecture de ce monument littéraire. En effet, la plume de Tolstoï est si impressionnante. Elle est perturbante pour sa justesse et sa finesse sans rien avoir de complexe. Il y a certes quelques longueurs au fil des pages, mais l’auteur guide son lecteur pour qu’il ne se perde pas dans cette fabuleuse aventure au cœur de la Russie du XIXème.

« Tantôt elle songeait qu’elle aurait pu encore connaître d’heureux jours : combien il était dur d’aimer et de haïr tout à la fois ! combien surtout son pauvre cœur battait à se rompre !… »

En refermant cette œuvre, je ressens une certaine fierté et un petit pincement au cœur de devoir (déjà) quitter ces personnages, après plus de 800 pages de lecture. Je comprends enfin pourquoi ce roman est si grandiose. Merci Monsieur Tolstoï pour cette merveille.

Le Joueur

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Titre : Le Joueur

Auteur : Dostoïevski

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 193

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Alexis Ivanovitch joue d’abord pour gagner, puis pour étonner, enfin pour espérer. Il n’a pas misé seulement de l’argent mais sa vie elle-même. Ce récit suit comme une ombre Dostoïevski durant les quinze ans pendant lesquels, à Moscou et à Baden-Baden, il se ruina au jeu. Jouer, c’est tenter le diable, c’est aussi tenter Dieu. Alexis a voulu tout risquer, toucher le fond pour connaître la compassion et la grâce divines. Il y a une autre malédiction dans l’existence d’Alexis Ivanovitch, une femme-bourreau, Pauline, la belle-sœur du général dont il est le précepteur et qui rappelle Apollinaria, que Dostoïevski aima d’un amour douloureux. Autour d’eux, des êtres malfaisants ou étonnants, dévorés par la passion du gain. 

 

  • Mon avis : 

Je continue ma découverte de la littérature russe avec Dostoïevski et non pas avec les pavés qu’on lui attribue, mais avec Le Joueur, un court roman que j’ai trouvé exceptionnel avec une plume incroyable. 

« Vous savez bien ce qui m’a dévoré. Puisque je n’ai pas d’espoir, puisque à vos yeux je ne suis rien, je vous le déclare franchement : je ne vois que vous, partout. Le reste m’est parfaitement égal. Je ne sais pourquoi ni comment je vous aime. Peut-être n’êtes-vous même pas belle ? Figurez-vous, je ne le sais pas : votre visage au moins est-il beau, ou pas ? Votre cœur n’est sûrement pas bon, et votre esprit manque de noblesse ; c’est fort possible. »

Alexeï Ivanovitch se retrouve malgré lui pris dans l’enfer du jeu, celui où l’on joue et gagne de l’argent au point d’en devenir fou. Le protagoniste, d’abord naïf face à sa découverte du jeu, est par la suite partagé entre son amour pour le jeu et son amour pour Pauline Alexandrovna.

Ce récit écrit à la première personne nous plonge dès le début dans son intrigue qui, paraît-il, serait grandement autobiographique. L’histoire est assez courte, de fait nous avons l’impression que l’action se déroule trop vite. Toutefois, cela n’enlève rien au charme du texte et de son intrigue. Le jeu et l’addiction qu’engendre ce dernier sont les thèmes principaux évoqués par l’auteur, ainsi que la passion amoureuse.

« Mais le plaisir est toujours utile, et un pouvoir despotique, illimité – ne fût-ce que sur une mouche, – c’est aussi une sorte de volupté. L’homme est un despote par nature et il aime être un bourreau. Vous aimez cela énormément. »

Je ne pouvais que tomber sous le charme d’Alexeï Ivanovitch et pas uniquement pour la  beauté de la consonance de son nom. Il peut antipathique, mais je crois qu’il est juste détruit par le jeu et par la terrible passion qu’il éprouve pour Pauline, ce qui le rend encore plus incroyable. Pauline est détestable. Elle semble dénuée de tout sentiment ce qui la rend indéniablement cruelle au yeux de ce cher Alexeï. J’ai beaucoup apprécié la douceur et la bonté de Mr. Astley. Cependant l’autre personnage remarquable, après Alexeï, est la grand-mère qui se révèle être plus que surprenante.

J’ai été agréablement surprise par la plume de l’auteur. Je pensais qu’elle serait plutôt complexe, mais ce n’est pas le cas. Une certaine simplicité s’en dégage, tout en étant mêlée à une forme de délicatesse et d’élégance, notamment dans les mots employés par Dostoïevski pour décrire la folie prenant le joueur et la passion étouffant l’homme.

« Savez-vous ce qu’il y a d’incroyable ? Je vous aime chaque jour davantage, alors que c’est presque impossible. »

Après avoir été conquise par le héros de cette œuvre, c’est son auteur qui m’a charmée. Un (trop) court roman à lire pour sa sincérité, son innocence et toute la beauté qui en ressort.