La Mort heureuse

couv2316867.gif.jpeg

La Mort heureuse

Albert Camus

Folio

172 pages

Quatrième de couverture 

« Je suis certain qu’on ne peut être heureux sans argent. Voilà tout. Je n’aime ni la facilité ni le romantisme. J’aime à me rendre compte. Eh bien, j’ai remarqué que chez certains êtres d’élite il y a une sorte de snobisme spirituel à croire que l’argent n’est pas nécessaire au bonheur. C’est bête, c’est faux, et dans une certaine mesure, c’est lâche. »

 

Mon avis

C’est toujours avec appréhension que je lis la première œuvre d’un grand auteur. De fait, dans la continuité de ma découverte (qui n’en est plus une) de la bibliographie de Camus, j’ai décidé de lire son premier roman.

Patrice Mersault est à la recherche du bonheur qui, selon lui, trouve sa source dans l’argent et la richesse. Il décide de tuer Zagreus, un homme infirme, qui doit forcément être heureux puisqu’il est riche. Mais Meursault réalise que pour l’être à son tour, il va lui falloir du temps et de la patience.

« Le monde ne dit jamais qu’une seule chose. Et dans cette vérité patiente qui va de l’étoile à l’étoile, se fonde une liberté qui nous délie de nous-mêmes et des autres, comme dans cette autre vérité patiente qui va de la mort à la mort. »

Ce premier roman dit inachevé est d’une richesse incroyable. Il se compose de deux parties : la première porte sur le bonheur et la seconde sur son application, c’est-à-dire sur la manière d’atteindre cet état d’épanouissement à long terme. En outre, le personnage principal, Patrice Mersault, se lance dans une quête du bonheur avec un certain détachement. Toutefois, ses nombreuses réflexions sur la vie, la mort ou encore la solitude sont d’une exactitude étonnante et annonciatrices des textes futurs de l’auteur. Un roman qui fait donc écho à L’Étranger pour son action assez indifférente, mais qui ne nous fait pas tomber dans l’ennui.

« Crois-moi, il n’y a pas de grande douleur, pas de grands repentirs, de grands souvenirs. Tout s’oublie, même les grandes amours. C’est ce qu’il y a de triste et d’exaltant à la fois dans la vie. Il y a seulement une certaine façon de voir les choses et elle surgit de temps en temps. C’est pour ça qu’il est bon quand même d’avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie. Ça fait du moins un alibi pour les désespoirs sans raison dont nous sommes accablés. »

Quel protagoniste merveilleux ! Mersault est un être décalé par rapport aux autres, il ne semble pas être fait pour son époque, pour la société dans laquelle il vit. Sa complexité réside dans les relations qu’il entretient avec les autres personnages. Ces derniers sont à la fois un prétexte pour combler sa solitude, mais aussi une façon de la retrouver en s’éloignant volontairement d’eux. Mersault n’a pas besoin d’autrui pour vivre ou être heureux, seule sa personne lui permet d’être plus ou moins comblé.

Le texte ou les personnages ne sont pas ce qu’il y a de plus remarquable dans ce roman. C’est avant tout l’écriture de Camus qui le rend prodigieux. On dirait qu’il y a une double écriture. En effet, quand il est question des réflexions sur les thèmes évoqués précédemment, les phrases sont plus longues avec une construction riche aussi bien pour la forme que pour le fond. Cependant, les dialogues et les descriptions sont plutôt brefs. On ne peut que percevoir l’importance que Camus accorde aux idées développées ici et que l’on retrouvera dans ses autres œuvres.

« Et leur cœur de douleur et de joie sait entendre cette double leçon qui mène vers la mort heureuse. »

La Mort heureuse est une lecture troublante, certainement l’une des plus intéressantes de Camus.

Publicités

Bilan février 2018

Février a été encore plus fructueux que janvier. Quel plaisir de pouvoir enchaîner les lectures et d’arriver à les varier au maximum.

 

Une déception, un avis mitigé

 

couv19126740

 

Est-ce l’histoire ou le style de l’auteure que je n’ai pas aimé ? Telle est la question, en tout cas cette lecture fut terrible. Toutefois, je tiens à préciser que la série est fort mieux que le livre !

 

 

 

 

couv39507866

 

 

L’enthousiasme était présent au début de la lecture, puis je me suis lassée. Trois nouvelles qui semblent un peu vides alors que les sujets étaient intéressants.

 

 

 

 

Les bonnes lectures

 

couv52771125

 

Diana est toujours perdue dans son rôle de déesse de la guerre. C’est sans compter que tout va mal autour d’elle : de nouveaux ennemis, ses problèmes avec Donna persistent, d’ailleurs, une rédemption est-elle possible pour cette dernière ?

 

 

 

couv64157580.jpg

 

 

Ça commençait de devenir quelque peu redondant avec les dieux de l’Olympe. Contente que l’année 4 soit terminée. Toutefois j’ai beaucoup apprécié le court chapitre « La Tranchée ».

 

 

 

couv13912762.png

 

 

Une aventure totalement folle où l’on ne s’ennuie pas. Ce conte aux réflexions stupéfiantes est racontée avec un humour décalé.

 

 

 

 

couv70082012

 

 

Francesca Zappia revient avec un roman touchant qui rappellera des souvenirs à plus d’un. Entre anonymat et popularité sur internet, deux personnalités en une :  un belle lecture à découvrir.

 

 

 

 

couv31742267.jpg

 

Les dessins sont remarquables, tout est dans le jeu des couleurs, entre lumière et ombre. L’intrigue est surprenante avec cette valise pleine de mystères qui auraient mérité d’être approfondis.

 

 

 

couv32897426.png.jpeg

 

 

Quelle plume délicate pour cette brève histoire qui nous plonge au cœur d’un tableau et dans les secrets d’une femme passionnante.

 

 

 

couv7966498

 

 

Un naufrage unique, une comédie dans laquelle les rôles sont inversés. Une pièce plaisante à lire.

 

 

 

 

Les très bonnes lectures 

 

couv58570977

 

 

Une nouvelle mélancolique avec un personnage éponyme qui vit dans l’illusion jusqu’à ce qu’elle ouvre les yeux.

 

 

 

couv40628836

 

 

Modiano et le théâtre, quelle association parfaite ! L’ascension des souvenirs se poursuit avec cette pièce.

 

 

 

couv63696533

 

 

Après Gotham, Nightwing s’installe dans une autre ville : sa ville, Blüdhaven, qui n’est pas à l’abris des malfrats. Les Échappés sont des personnages intéressants qui auraient mérité un peu plus de place.

 

 

 

couv23405130

 

 

Ce roman nous confronte à l’attente et à une mère de famille qui donne à son fils un amour démesuré.

 

 

 

 

couv1788903

 

 

Notre petite narratrice Hazel est plus grande ce qui devient encore plus intéressant. Toutefois j’ai eu l’impression que ce tome est le calme avant la tempête.

 

 

 

 

Les coups de cœur 

 

couv19288935

 

 

Ce roman-essai nous entraîne au cœur de l’Amazonie. Un voyage unique, époustouflant et inoubliable sur les traces de Fawcett et de Z.

 

 

 

couv7966068

 

 

Un tome central pour cette saga car il présente l’éloignement des parents d’Hazel ainsi que de nouvelles alliances surprenantes.

 

 

 

 

couv24202207

 

 

Après six tomes, l’intrigue tourne en rond. Et pourtant, j’ai adoré ce septième tome dans lequel les dieux de l’Olympe prennent part au combat. nous sommes dans une folie totale.

 

 

 

couv32013965

 

 

Belle comédie sur l’art et les sentiments entre douceur, justesse et fragilité. Des personnages touchants et surprenants.

 

 

 

couv18411025.gif

 

 

Les mots d’Andrée Chedid résonnent encore une fois après que le recueil soit fermé. Une poésie délicate, une merveille.

 

 

 

 

Du côté des films et des séries

 

Février fut le « mois Woody Allen » avec Blue Jasmine où Cate Blanchett est remarquable dans son personnage détestable et Magic in the Moonlight qui est une comédie dont le scénario manque un peu de rigueur. Heureusement, j’ai succombé à Minuit à Paris qui d’une beauté et richesse formidables. J’ai enfin regardé Coco, un Disney qui change et dont le rythme est plutôt sympathique. J’ai été légèrement déçue par Mommy, dont la fin est néanmoins perturbante. Mais le film du mois est Swiss Army Man. Pendant les dix premières minutes on se demande ce qu’on regarde, puis on se laisse transporter par cette invraisemblable histoire.

Je suis tombée sur Death Note, j’ai regardé et enchaîné les épisodes, j’ai adoré, un peu trop et puis la fin est arrivée.. quelle tristesse. Comme je l’ai mentionné plus haut, The Handmaid’s Tale est une série incroyable, tellement mieux que le roman ! À regarder absolument !

 

En bref…

 

Le mois le plus court de l’année fut d’une incroyable richesse littéraire. Comment pouvoir faire mieux ?…

Bon mois de mars 🌸

Nature morte avec Pivert

couv13912762.png.jpeg

Nature morte avec Pivert

Tom Robbins

Gallmeister

298 pages

 

Quatrième de couverture

Leigh-Cheri, vingt ans, rousse, végétarienne, idéaliste et princesse de son état, vit en exil près de Seattle avec ses parents. Elle vient de quitter la fac, le cœur brisé par un membre de l’équipe de football, et ne croit plus en l’amour. Mais alors qu’elle assiste à un festival écolo à Hawaï, au milieu des scientifiques et des politiciens, elle rencontre Bernard Mickey Wrangle, hors-la-loi en cavale surnommé le Pivert. Il est roux comme elle, il veut dynamiter le festival, et il va lui prouver que le grand amour existe.

 

Mon avis

C’est avant tout la maison d’édition qui m’a attirée avec ses étonnantes publications. Puis j’ai choisi ce titre pour sa quatrième de couverture très atypique.

Princesse capricieuse et excentrique, Leigh-Cheri tombe par le plus grand des hasards sur le fougueux brigand Pivert dont elle va tomber amoureuse. De cette relation tumultueuse, plusieurs réflexions vont surgir notamment celle qui alimentera la liaison des amants : est-ce que le grand amour existe ?

« Chaque nuit, nous faisons des rêves à profusion, mais au réveil, nous en avons oublié quatre-vingt-dix pour cent. C’est pour ça que les poètes sont des membres aussi importants de la société. Ils nous rappellent les rêves que nous avons oubliés. »

Ce roman décrit la plus folle histoire d’amour que j’ai lu jusqu’à présent. Quatre parties ou « phases » qui décrivent cette aventure rocambolesque. Les deux premières phases présentent Pivert et sa rencontre avec la princesse. À partir de ce moment, nous plongeons dans une multitude de péripéties toutes faits pour séparer les deux héros. Mais Pivert a plus d’un dynamite dans son blouson et semble prêt à tout pour plaire à sa belle. Cependant, le destin est contre eux et Leigh-Cheri, après deux ans a essayé de se reconstruire, s’apprête à se marier avec un autre. Mais il ne faut jamais douter des pouvoirs des roux et de la lune.

J’ai cru que les deux héros étaient juste deux petits comiques loin d’être attachants tant ils sont complexes. Toutefois, on partage la peine et la détresse de Leigh-Cheri. Lorsque Pivert disparaît, on se demande comment la Princesse va surmonter cela et comment allons-nous finir l’aventure sans lui. Tous les personnages sont décalés, loufoques, extravagants, vivant dans la démesure, de fait nous ne pouvons que les apprécier.

« Au commencement était le mot et le mot était CHOICE, le CHOIX. »

Tom Robbins a un univers bien à lui proche du délire. Son écriture est explosive, hors du temps. Il pousse ses personnages dans des réflexions saugrenues comme la rousseur de certains, le pouvoir de la lune et celui des pyramides. Le lecteur n’est jamais à l’abri d’une nouvelle excentricité de sa part, le tout décrit avec beaucoup d’humour.

J’ai été totalement perdue à la lecture de ce roman, mais ce fut une belle et incroyable aventure. Ce livre est étonnamment drôle et en surprendra plus d’un !

La Mouette

couv32013965.jpg

La Mouette

Anton Tchekhov

Folio

160 pages

 

Quatrième de couverture 

« Il faut représenter la vie non pas telle qu’elle est, mais telle qu’on la voit en rêve. » C’est ce que proclame un des personnages de La Mouette.

Et Tchekhov avoue que sa nouvelle pièce transgresse les lois du théâtre : « C’est une comédie : trois rôles de femmes, six rôles d’hommes, quatre actes, un paysage (vue sur un lac), beaucoup de conversations littéraires, peu d’action, cent kilos d’amour. »

 

Mon avis 

En finissant Nos débuts dans la vie, j’ai eu cette obsession de lire La Mouette et de plonger dans le théâtre russe. Mon premier Tchekhov, une merveille.

Une comédie se déroulant à la campagne. Tréplev, jeune écrivain, est épris de Nina qui veut devenir comédienne. Mais cette dernière est déduite par le compagnon de la mère de Tréplev, Trigorine. Rien ne va réussir aux personnages dont le destin sera tragique.

« J’ai pris une décision irrévocable : je vais arracher cet amour de mon cœur avec les racines. »

La Mouette est une comédie en quatre actes absolument étonnante du premier jusqu’au dernier. Il s’agit d’une profonde réflexion sur l’art et la création artistique. Tréplev débute dans l’écriture, il doute en permanence sur ses écrits et sur la réception de ceux-ci, notamment quand Trigorine, auteur reconnu, est auprès de lui. Outre la question de l’art et de la place de l’artiste dans la société, l’amour est présent et représenté d’une manière relativement poétique. Les sentiments que les personnages ressentent les uns pour les autres sont très forts. Cette pièce parle d’amour maudit, d’artistes malheureux, le tout symbolisé par la mouette.

Très cher Constantin Gavrilovitch Tréplev, artiste et amant brisé. J’ai adoré ses réflexions, ses doutes, sa délicatesse, sa mélancolie. J’ai également apprécié Nina malgré la légèreté de ses sentiments et de sa personnalité. Ces deux personnages semblent ailleurs, si décalés par rapport  aux autres.

« Si jamais tu avais besoin de ma vie, viens et prends-la. »

Tchekhov a une écriture ravissante entre le naturel et la fragilité. À la lecture de cette pièce, nous plongeons dans un rêve éveillé que l’on partage avec les personnages.

La Mouette est une très belle pièce de théâtre qui pousse à la réflexion et démontre une nouvelle fois la qualité de la plume des auteurs russes.

La Servante écarlate

couv19126740.jpg

La Servante écarlate

Margaret Atwood

Robert Laffont – Pavillons Poche

522 pages

Résumé

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. 

 

Mon avis 

La Servante écarlate est le livre que l’on voit partout, celui qu’il faut absolument lire paraît-il. Une édition limitée est sortie, je ne pouvais résister. J’ai donc lu ce livre… heureusement que l’objet en lui-même est beau.

Dans une république fictive, les religieux ont réduits les femmes à des esclaves sexuelles. Les quelques malheureuses encore fertiles sont au service d’un Commandant et d’une épouse dans le seul but de donner son corps et procréer. Defred est l’une des servantes écarlates, tout de rouge vêtue. Malgré l’oppression, elle cherche un moyen pour retrouver sa liberté, celle de ses souvenirs.

Mettre cette œuvre au même rang que celle d’Orwell ou dire qu’elle est le nouveau 1984 : non ! Oui c’est une dystopie, oui l’héroïne souhaite être libre de nouveau, mais ça s’arrête là. L’intrigue est certes recherchée et dans le fond, elle a même un aspect effrayant. Mais quel fouillis ! Mêler le passé au présent est faisable bien évidemment, toutefois cela demande un tantinet d’organisation. Et puis, les non-dits ne sont pas mesurés, il y en a trop. Le clou du roman, outre sa fin sur laquelle je vais revenir, est la cruelle absence de renseignements sur la narratrice-héroïne de l’histoire. Il faut attendre la page 242 pour connaître son âge et avoir un aperçu de son physique. Venons en à la fin, que dis-je, à ce qui semble être une fin. J’ai cru qu’il manquait des pages à mon livre. En somme, l’intrigue laisse un sentiment d’inachevé.

« Nolite te salopardes exterminorum. »

Passons aux personnages. En tant que narratrice, Defred s’en sort pas trop mal outre la confusion permanente dans la temporalité, mais comme héroïne ce n’est pas totalement ça. Son amie Moira aurait été plus compétente  dans ce rôle. Je veux bien admettre la difficulté du monde et du quotidien de Defred, mais j’avais envie qu’elle se réveille plus tôt ! Ce personnage est fade. Quant au Commandant et à son épouse, ils m’ont répugnée à se servir de la pauvre Defred de la sorte. nick aurait pu sauver le tout, il aurait pu…

Loin d’être transcendant, le style de l’auteur n’a rien à voir avec la plume d’Orwell. Il est simple, basique et insipide. Il est certain que le travail effectué sur l’écriture de ce roman est important. Les thèmes abordés : les droits des femmes, l’autorité religieuse, la sexualité, la maternité, etcétéra, sont difficiles. Surtout que cette histoire peut être réelle, mais cela n’a pas été suffisant.

Je n’ai pas aimé ce livre, il m’a plus agacée qu’autre chose. J’ai le sentiment d’avoir loupé des pages voire même plus de la moitié du livre. C’est dommage car il était prometteur. Heureusement l’édition limitée est belle.

Nos débuts dans la vie

couv40628836.jpg

Nos débuts dans la vie

Patrick Modiano

Gallimard

92 pages

 

Quatrième de couverture 

« Elle sort du théâtre et elle s’agrippe à mon bras… Elle me dit que le metteur en scène, Savelsberg, est venu à l’entracte dans sa loge pour lui proposer le rôle de Nina dans La Mouette, la saison prochaine… Elle ne comprend pas… Savelsberg se déplaçant pour la voir, elle, une débutante, dans une reprise de Noix de coco et lui proposant de jouer Tchekhov ? Nous montons la rue Blanche sous cette couche de neige… comme dans un rêve… » 

Mon avis

Dire que certains prétendent que Modiano ne devrait pas écrire du théâtre, quel affront ! Ce texte est aussi bon, si ce n’est meilleur, que les romans de l’auteur. 

Jean est écrivain, Dominique est une actrice, une « petite théâtreuse ». Leur vie semble être comme celle des personnages de La Mouette, pièce de Tchekhov. Le jeune couple est harcelé par la mère de Jean et par son compagnon qui veulent la rupture des deux jeunes amants. Dans le fond, tout est flou.

« La vie en forme de proue. »

Tout semble réussir à Modiano qui se tourne vers le théâtre pour poursuivre son ascension de la mémoire. Véritable mise en abyme, cette pièce nous plonge dans la continuité des souvenirs liés à l’auteur. Entre autobiographie et théâtre, les personnages, à l’image du lecteur, voient trouble, le doute est partout. Les didascalies ont une importance primordiale notamment les jeux de lumière venant troubler la perception du lecteur et des protagonistes.

Elvire (la mère) et Caveux ont les mauvais rôles : fourbes, manipulateurs, ils incarnent les personnages malfaisants à la perfection. À côté d’eux, le jeune couple, très touchant pour son souci constant d’être confronté aux parents. Le rapport au souvenir est fort pour ces deux duos et les lie entre eux malgré tout.

« Vous avez trouvé votre voie, vous savez où vous allez, tandis que moi je flotte encore dans un chaos de rêves et d’images, sans savoir pourquoi j’écris et qui en a besoin. »

Cette pièce est une révélation. Le style si unique et atypique de l’auteur convient parfaitement au genre théâtral. Modiano joue avec son lecteur comme à son habitude en le laissant douter  dans une profonde mélancolie jusqu’à la fin de l’intrigue.

Une œuvre dans la lignée des précédentes et qui montre une nouvelle fois le talent complet de son auteur.

La Cité perdue de Z

couv19288935.jpg

La Cité perdue de Z

David Grann

Points

432 pages

 

Quatrième de couverture 

Sur les rives de l’Amazone, la jungle s’étend indéfiniment et partout le danger guette. À l’aube du XXe siècle le colonel Fawcett s’enfonce dans cet enfer vert, en quête d’un mystérieux royaume, d’une civilisation riche et oubliée. Prêt à tout risquer pour entrer dans l’Histoire, l’aventurier affronte animaux sauvages et tribus indigènes. Mais, bientôt, Fawcett ne donne plus aucun signe de vie…

 

Mon avis

Quelle idée ai-je eu de lire ce roman d’aventure et biographique unique dans son genre ? David Grann nous emmène avec lui dans un véritable voyage historique au cœur de l’Amazonie du XXe siècle.

L’auteur nous raconte sa propre aventure dans cette forêt gigantesque tout en suivant les traces de Fawcett qui, soixante-dix ans plus tôt, a disparu alors qu’il était à la recherche de la cité perdue de Z.

« Que sais-je de la peur ? Que sais-je du courage ? Tant qu’il n’est pas réellement confronté au danger, nul homme ne sait comment il se comportera. »

Cette œuvre est inclassable : récit de voyage, essai, roman d’aventure, biographie, etcétéra… Autant de possibilités qui font de ce texte un écrit grandiose. Sa particularité réside dans la narration. Nous naviguons entre les expéditions de Fawcett et l’histoire de l’auteur. Quand il est question du colonel, les chapitres sont plutôt historiques, puisqu’ils sont basés sur les journaux et les notes de celui-ci. Les autres chapitres, écrits à la première personne, relatent le récit de l’auteur dont l’objectif est d’éclaircir le mystère sur la disparition de Fawcett. Telle est l’énigme troublante du roman : qu’est-il arrivé à Fawcett lorsqu’il est parti à la recherche de Z ?

À l’image du roman, les protagonistes sont extraordinaires et déroutants. Avant tout David Grann, l’auteur, petit explorateur-journaliste de notre époque dont l’ambition est grande. Il n’est pas le premier à vouloir retrouver Fawcett. De fait, l’affaire est délicate mais son approche et les études effectuées sont incroyables. Quant à Fawcett, c’est un homme remarquable. Toute sa vie a été une grande aventure bien que cela ne fut pas suffisant. Z lui aura été fatale mais fut un rêve fantastique. C’est un homme courageux, ambitieux et profondément rêveur qui nous est décrit.

« Fawcett n’a pas seulement redéfini les frontières de l’Amérique du Sud, il l’a fait avec presque un an d’avance sur le calendrier prévu. »

Le plus étonnant est que j’aurais dû m’ennuyer en lisant ce livre. Des pages et des pages sur les peuples d’Amazonie, sur leurs coutumes, sur les bestioles qui y vivent, sur l’obsession quasiment folle et utopique d’un homme, j’en ai que faire ! Et pourtant, toute la magie, toute la beauté de ce roman sont là. La précision des faits rapportés par l’auteur est impressionnante. Il est impossible de lâcher ce livre tant on veut, comme Fawcett et Grann, découvrir la cité perdue de Z et ses trésors enfouis.

Ce roman est un coup de cœur. Tant d’émotions et de passion pour cette quête unique que l’on partage avec les deux héros. En réalité, c’est incroyable de devenir à son tour un aventurier pendant environ 400 pages.