Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville

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Titre : Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville

Auteur : Edward Carey

Éditions : Grasset

Pages : 576

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Une nuit perpétuelle envahit Londres. L’étrange famille Ferrayor a laissé derrière elle les ruines fumantes de Fetidborough pour s’installer dans la capitale. Depuis leur emménagement, la jeune Eleanor et les Londoniens observent d’étranges phénomènes : des disparitions, des objets qui apparaissent, d’autres qui se transforment. Et cette obscurité qui règne à présent.

La police est à la recherche des Ferrayor pour essayer d’éradiquer le fléau, et tous les moyens sont bons pour mettre la main sur ces dangereux personnages. Le jeune Clod va devoir choisir son camp, déchiré entre sa famille et les habitants de Londres, entre ses affreux semblables et la ville qui ne survivra pas aux ténèbres. À moins que la lumière ne vienne finalement d’un amour que Clod pensait enseveli…

 

  • Mon avis :

C’est avec La Ville qu’Edward Carey met fin à sa trilogie Les Ferrailleurs. Cette saga, encore trop peu connue, est une belle surprise que je ne peux que conseiller, notamment pour son univers atypique et son intrigue étonnante. 

À la fin du tome précédent, la famille Ferrayor avait quitté son château enseveli sous les déchets, pour se retrouver au cœur de Londres. L’arrivée de cette famille n’est pas sans conséquence puisque subitement la nuit ne semble pas pouvoir prendre fin, et les habitants de la ville se transforment peu à peu en divers objets.

Alors que le deuxième tome m’avait quelque peu déçue, celui-ci vient clore la trilogie d’une manière surprenante. Cette fin d’intrigue est plus réfléchie et plus sombre qu’au commencement. Les Ferrayor ne sont plus supérieurs aux autres habitants et ne sont plus aussi craints qu’ils ne l’étaient. La ville de Londres est incontrôlable et le chaos est au bord du règne. La rébellion est plus qu’importante et ce, dans tous les camps.

J’ai été agréablement surprise par Clod qui excelle dans son don. Je trouve que ce personnage, qui n’a cessé d’évoluer au fil de l’histoire, est devenu complet avec une grande assurance et une profonde maturité, ce qui est également le cas de Lucy. De nouveaux personnages font bien évidemment leurs apparition, mais j’ai surtout apprécié retrouver les anciens, et une bonne partie de la famille Ferrayor.

Tout au long de la trilogie j’ai pris du plaisir à lire Edward Carey dont la plume, à la fois simple et originale, est devenue plus sombre et sérieuse au fil des pages. Elle reste toutefois une vraie addiction et je n’ai cessé de me demander comment tout cela allait se terminer.

Les Ferrailleurs est une bonne trilogie, comme on en trouve de moins en moins. Mystérieux et étonnant, ce dernier tome ne pouvait guère être mieux pour conclure cette saga.

La Maison bleu horizon

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Titre : La Maison bleu horizon

Auteur : Jean-Marc Dhainaut

Éditions : Taurnada

Pages : 260

 

  • Résumé : 

Janvier 1985. Tout commence par un message laissé sur le répondeur d’Alan Lambin, enquêteur spécialiste en phénomènes de hantises. Une maison, dans un village de la Somme, semble hantée par un esprit qui effraie la famille qui y vit. En quittant sa chère Bretagne, Alan ignore encore l’enquête bouleversante qui l’attend et les cauchemars qui vont le projeter au cœur des tranchées de 1915. Bloqué par une tempête de neige, sous le regard perçant d’un étrange corbeau, Alan réussira-t-il à libérer cette maison de ce qui la tourmente ?

 

  • Mon avis : 

Cette couverture intrigante qui est à l’image de ce roman a de suite attiré mon attention. Je n’ai lu que très peu de livres, si ce n’est aucun, portant sur le paranormal je me suis donc laissée tenter. Ce roman est une belle surprise.

Alan Lambin se trouve dans un petit village de la Somme pour enquêter sur des évènements paranormaux qui surgissent dans la maison des Anneraux. Hélène, ses deux enfants et la domestique vivent un vrai cauchemar : des portes claquent, des pleurs retentissent, des apparitions surgissent… De quoi en effrayer plus d’un ! Alan est prêt à tout pour trouver une explication à cela, qu’elle soit rationnelle ou irrationnelle.

Dès le début de l’histoire l’auteur nous plonge dans une univers fantastique. L’intrigue est pleine de rebondissements au point que l’on découvre les évènements en même temps qu’Alan. L’ambiance de ce roman est assez curieuse, surprenante et sombre. Cette ‟chasse aux fantômes” se révèle plus complexe qu’elle ne le semblait au commencement. En effet, il ne s’agit pas uniquement de se trouver au sein d’une atmosphère douteuse et surnaturelle, l’Histoire prend une part importante. C’est certainement le point que je l’ai plus apprécié, le fait que cette dimension paranormale se mêle à celle de la Première Guerre mondiale ce qui rend l’intrigue encore plus attrayante.

Les personnages sont comme le roman, c’est-à-dire très mystérieux et ne se dévoilent pas si facilement. Toutefois, j’ai beaucoup apprécié le personnage d’Alan qui est obstiné et a la volonté de comprendre et d’aider cette famille aussi étrange soit-elle. J’ai également trouvé que les fantômes étaient tout aussi intéressants que les êtres humains, notamment pour leur histoire.

Si l’intrigue est aussi bien construite c’est grâce à la plume captivante de Jean-Marc Dhainaut qui permet de garder le mystère sur les évènements jusqu’à la toute fin. Le paranormal et l’Histoire sont vraiment bien exploités, sans en faire trop ou tomber dans le superficiel. Je ne m’attendais pas à avoir peur pendant ma lecture, mais celle-ci est si oppressante qu’il est difficile de s’en détacher avant de connaître l’explication finale.

Je remercie les éditions Taurnada pour ce partenariat qui m’a permis de découvrir un très bon roman. La Maison bleu horizon ne laisse pas une minute de répit à son lecteur tant l’intrigue est prenante.

Après toi

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Titre : Après toi

Auteur : Jojo Moyes

Éditions : Milady

Pages : 472

 

  • Résumé de la quatrième de couverture : 

Lou a promis à l’homme qu’elle aimait de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Mais sans lui, le monde paraît bien sombre et elle peine à tourner la page. Sa vie londonienne ne la rend pas heureuse : dans le bar d’aéroport où elle travaille sous les ordres d’un patron tyrannique, elle regarde chaque jour les autres s’envoler tandis qu’elle reste désespérément clouée au sol… Honorer la promesse faite à Will lui paraît impossible. Pourtant, au moment où elle croit avoir touché le fond, sa rencontre inattendue avec Lily sera peut-être le nouveau départ qu’elle espérait. Et le meilleur moyen de tenir sa promesse.

 

  • Mon avis :

Souvenez-vous : Avant toi, ce roman évoquant des thèmes forts, ce roman d’une beauté incroyable où les émotions semblaient si réelles, ce roman inoubliable dont une suite semblait improbable. Et bien Après toi est apparu tel un miracle. 

« Parfois, je songeais aux vies des gens qui m’entouraient et me demandais si nous étions tous destinés à laisser des ruines dans notre sillage. »

À la fin du tome précédent, Lou était anéantie par la mort de Will qu’elle n’a pu empêcher. Elle lui avait fait la promesse qu’après lui, elle allait vivre et être heureuse. Chose peu facile quand on se rend compte que sa nouvelle vie n’a rien de passionnant. Puis Lily entre soudainement dans sa vie. Cette jeune fille aussi perdue que Lou va lui réapprendre à vivre à sa manière.

En tenant ce livre entre mes mains, je me suis demandée s’il allait se distinguer d’Avant toi et si ce dernier allait lui faire de l’ombre. La réponse est venue après quelques pages : oui. L’intrigue se rapproche évidemment du tome précédent puisque l’auteure reprend des thèmes similaires comme la mort et son acceptation, les relations humaines et la volonté de vivre. Toutefois, Après toi est différent parce que les personnages ne se battent pas pour une personne, mais bien pour eux. L’intrigue reste imprévisible et rien ne semble joué d’avance.

« Comment pourrais-je décrire cette complicité entre nous ? Les plaisanteries que nous partagions, les vérités crues, les secrets ? Comment pourrais-je leur expliquer que ces quelques mois avaient tout changé à la façon dont je percevais l’existence ? »

Lou a certes changé parce qu’elle est hantée par Will et l’amour qu’elle éprouvait pour lui. Je l’ai trouvée beaucoup plus mature dans sa manière d’appréhender les évènements et de prendre du recul par rapport à ceux-ci. Mais elle reste elle-même en étant toujours aussi adorable, drôle et naturelle. J’ai été ravie de retrouver certains personnages du premier livre à savoir la famille de Lou, ainsi que Nathan, M. Traynor et Camilla. Et j’ai également été satisfaite de rencontrer de nouveaux personnages, notamment Lily et Sam. Ce dernier est surprenant tant il est gentil et compréhensif. Quant à Lily, elle est assez difficile à cerner et immature dans ses actes, mais je l’ai trouvée intéressante puisqu’elle semble être l’antithèse directe de Lou.

J’ai l’impression que dans chaque roman de Jojo Moyes ses mots sont touchants. Elle arrive à  transmettre les émotions de ses personnages à son lecteur d’une façon étonnante. Malgré la complexité des sujets évoqués et de son émouvante intrigue, l’auteure garde cette touche d’humour qui lui est propre ce qui nous empêche de rester trop longtemps dans le larmoyant.

« Je ne pouvais lui avouer que je n’étais jamais triste en sa présence, ni qu’il me rendait si heureuse que cela m’effrayait. » 

Après toi n’est certes pas Avant toi et je crois que les sentiments éprouvés à la lecture son différents, mais ce roman est à la hauteur du premier. Ce fut un plaisir de retrouver Lou et d’avoir pu suivre son évolution. Une suite inespérée plus que plaisante.

Anna Karénine

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Titre : Anna Karénine

Auteur : Tolstoï

Éditions : Folio classique

Pages : 894

 

  • Résumé :

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère. Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine. Dans son insondable solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

 

  • Mon avis :

Ah Tolstoï ! Ah Anna Karénine ! Avant de lire cette œuvre je l’idéalisais déjà beaucoup. Il y a une sorte d’aura qui virevolte autour d’elle. Après lecture, ce roman est comme je l’imaginais : unique, émouvant, inoubliable.

« Les jeunes filles de l’univers se divisaient en deux catégories : l’une, qui les comprenait toutes sauf ‟elle”, participait à toutes les faiblesses humaines ; l’autre, qu’elle composait à elle seule, ignorait toute imperfection et planait au-dessus de l’humanité. »

Dans ce beau pavé, plusieurs histoires se mêlent à celle de l’héroïne éponyme, mais toutes tournent autour de l’amour. L’amour présenté ici n’a rien de sot. Il est décrit avec une certaine volupté, comme quelque chose de singulier qui rend l’homme vivant. Au-delà des convenances de la société russe, Anna Karénine, fil conducteur de ce roman, va s’éprendre du comte Vronski et révéler cette liaison secrète à son mari Alexis Alexandrovitch Karénine. Ce dernier a pour dessein de sauver les apparences et de garder la réputation due à son nom. Derrière cette vague passionnelle qui touche également Lévine et Kitty, se trouvent des problèmes portant sur la politique et l’agriculture.

Tolstoï a fait le choix de plonger son lecteur dans l’intrigue dès la première page en présentant certains des personnages principaux et les liens qu’ils ont entre eux. Anna Karénine raconte donc deux passions : l’une heureuse, celle de Lévine et Kitty, et l’autre, le triangle Anna-Vronski-Karénine, considérée comme un mal. Toutefois, la passion, bien qu’elle soit très prenante et présente tout au long du roman, n’est qu’une partie de l’intrigue. L’autre repose sur l’importance du regard et du jugement d’autrui face à des situations peu habituelles et surtout non conventionnelles.

« Il ne pouvait s’y tromper : ces yeux étaient uniques au monde, et une seule créature personnifiait pour lui la joie de vivre, justifiait l’existence de l’univers. C’était elle. »

Étonnamment, j’ai apprécié le fait qu’il y ait beaucoup de personnages tant ils sont riches et variés. J’ai attendu avec impatience l’arrivée d’Anna qui fut magistrale et à la hauteur de mes espérances. Anna est l’incarnation de la beauté sous toutes ses formes. Elle est l’héroïne parfaite. Tout comme elle, j’ai été charmée par Vronski. C’est un personnage incroyable à la personnalité touchante. Karénine l’est également, mais à sa manière. Le fait qu’il soit plus sévère et assez porté sur les règles le rend quelque peu ennuyant, mais je crois qu’on ne peut qu’éprouver de la compassion à son égard. Le dernier personnage bouleversant selon moi est Lévine. On peut aisément s’identifier à lui tant il est humain et semble si réel.

J’appréhendais la lecture de ce monument littéraire. En effet, la plume de Tolstoï est si impressionnante. Elle est perturbante pour sa justesse et sa finesse sans rien avoir de complexe. Il y a certes quelques longueurs au fil des pages, mais l’auteur guide son lecteur pour qu’il ne se perde pas dans cette fabuleuse aventure au cœur de la Russie du XIXème.

« Tantôt elle songeait qu’elle aurait pu encore connaître d’heureux jours : combien il était dur d’aimer et de haïr tout à la fois ! combien surtout son pauvre cœur battait à se rompre !… »

En refermant cette œuvre, je ressens une certaine fierté et un petit pincement au cœur de devoir (déjà) quitter ces personnages, après plus de 800 pages de lecture. Je comprends enfin pourquoi ce roman est si grandiose. Merci Monsieur Tolstoï pour cette merveille.

Le Joueur

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Titre : Le Joueur

Auteur : Dostoïevski

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 193

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Alexis Ivanovitch joue d’abord pour gagner, puis pour étonner, enfin pour espérer. Il n’a pas misé seulement de l’argent mais sa vie elle-même. Ce récit suit comme une ombre Dostoïevski durant les quinze ans pendant lesquels, à Moscou et à Baden-Baden, il se ruina au jeu. Jouer, c’est tenter le diable, c’est aussi tenter Dieu. Alexis a voulu tout risquer, toucher le fond pour connaître la compassion et la grâce divines. Il y a une autre malédiction dans l’existence d’Alexis Ivanovitch, une femme-bourreau, Pauline, la belle-sœur du général dont il est le précepteur et qui rappelle Apollinaria, que Dostoïevski aima d’un amour douloureux. Autour d’eux, des êtres malfaisants ou étonnants, dévorés par la passion du gain. 

 

  • Mon avis : 

Je continue ma découverte de la littérature russe avec Dostoïevski et non pas avec les pavés qu’on lui attribue, mais avec Le Joueur, un court roman que j’ai trouvé exceptionnel avec une plume incroyable. 

« Vous savez bien ce qui m’a dévoré. Puisque je n’ai pas d’espoir, puisque à vos yeux je ne suis rien, je vous le déclare franchement : je ne vois que vous, partout. Le reste m’est parfaitement égal. Je ne sais pourquoi ni comment je vous aime. Peut-être n’êtes-vous même pas belle ? Figurez-vous, je ne le sais pas : votre visage au moins est-il beau, ou pas ? Votre cœur n’est sûrement pas bon, et votre esprit manque de noblesse ; c’est fort possible. »

Alexeï Ivanovitch se retrouve malgré lui pris dans l’enfer du jeu, celui où l’on joue et gagne de l’argent au point d’en devenir fou. Le protagoniste, d’abord naïf face à sa découverte du jeu, est par la suite partagé entre son amour pour le jeu et son amour pour Pauline Alexandrovna.

Ce récit écrit à la première personne nous plonge dès le début dans son intrigue qui, paraît-il, serait grandement autobiographique. L’histoire est assez courte, de fait nous avons l’impression que l’action se déroule trop vite. Toutefois, cela n’enlève rien au charme du texte et de son intrigue. Le jeu et l’addiction qu’engendre ce dernier sont les thèmes principaux évoqués par l’auteur, ainsi que la passion amoureuse.

« Mais le plaisir est toujours utile, et un pouvoir despotique, illimité – ne fût-ce que sur une mouche, – c’est aussi une sorte de volupté. L’homme est un despote par nature et il aime être un bourreau. Vous aimez cela énormément. »

Je ne pouvais que tomber sous le charme d’Alexeï Ivanovitch et pas uniquement pour la  beauté de la consonance de son nom. Il peut antipathique, mais je crois qu’il est juste détruit par le jeu et par la terrible passion qu’il éprouve pour Pauline, ce qui le rend encore plus incroyable. Pauline est détestable. Elle semble dénuée de tout sentiment ce qui la rend indéniablement cruelle au yeux de ce cher Alexeï. J’ai beaucoup apprécié la douceur et la bonté de Mr. Astley. Cependant l’autre personnage remarquable, après Alexeï, est la grand-mère qui se révèle être plus que surprenante.

J’ai été agréablement surprise par la plume de l’auteur. Je pensais qu’elle serait plutôt complexe, mais ce n’est pas le cas. Une certaine simplicité s’en dégage, tout en étant mêlée à une forme de délicatesse et d’élégance, notamment dans les mots employés par Dostoïevski pour décrire la folie prenant le joueur et la passion étouffant l’homme.

« Savez-vous ce qu’il y a d’incroyable ? Je vous aime chaque jour davantage, alors que c’est presque impossible. »

Après avoir été conquise par le héros de cette œuvre, c’est son auteur qui m’a charmée. Un (trop) court roman à lire pour sa sincérité, son innocence et toute la beauté qui en ressort.

La Vague

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Titre : La Vague

Auteur : Todd Strasser

Éditions : Pocket

Pages : 153

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d’Histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action. » En l’espace de quelques jours, l’atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader.

Quel choc pourra être assez violente pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration ?

 

  • Mon avis : 

C’est par hasard que ce livre s’est retrouvé dans ma PAL. Je n’ai pas vu l’adaptation cinématographique et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, La Vague a donc été une découverte très perturbante. 

Le professeur d’Histoire du lycée Gordon, Ben Ross, met en place une expérience avec sa classe de terminale. Le dessein est de faire comprendre aux lycéens et de leur faire prendre conscience de ce qu’était le nazisme durant la Seconde Guerre mondiale. Une expérimentation qui s’étend dans tout le lycée et qui ne semble plus pouvoir prendre fin.

Il semble toujours difficile de lire des sujets portant sur la Seconde Guerre mondiale et ce roman n’échappe pas à la règle. Son intrigue est vraiment très simple puisque l’action se déroule principalement dans le lycée Gordon. Toutefois, elle est recherchée et son fond est terriblement fort. L’idée de faire une expérience comme celle-ci est pertinente et justifiée. Sa modernité dévoile la cruauté passée tout en montrant que dans un autre cadre, hors de la guerre, le nazisme ou ce qui lui ressemble, reste d’actualité. Je me suis alors demandée comment, à l’instar des allemands pendant la guerre, les personnages peuvent-ils se laisser faire ainsi ?

« Rappelez-vous, au sein de la Vague, vous êtes tous égaux. Personne n’est plus important ou plus populaire que les autres, et personne ne doit se sentir exclu du groupe. La communauté, c’est l’égalité pour tous au sein du groupe. »

La plupart des protagonistes sont des lycéens âgés de dix-sept ans, on peut alors pardonner leur naïveté. La grande majorité semble hypnotisée, complètement manipulée par la Vague. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages qui sont peu décrits et pas assez exploités à mon goût, mais le professeur m’a perturbée. Ben Ross est avant tout présenté comme quelqu’un de très enthousiaste, d’énergique avec beaucoup de créativité. Mais à aucun moment il ne semble avoir l’image d’un dictateur. Et pourtant…

J’ai lu ce roman avec une certaine distance à cause de l’écriture. Si cette dernière n’avait pas été aussi simple et aussi expédiée, on aurait certainement frôlé le chef-d’œuvre. L’auteur apporte des détails, mais trop rapidement. Mais face à un texte à la fois troublant et étonnant, on excuse son erreur stylistique.

La qualité du texte est certes décevante comparée à la puissance de son message, mais en faisant abstraction de la simplicité de l’écriture, ce roman, aussi petit soit-il, est profondément grand et c’est pour cette raison qu’il doit être lu.

À rebours

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Titre : À rebours

Auteur : Huysmans

Éditions : Folio classique

Pages : 397

  • Quatrième de couverture :

La Bible de l’esprit décadent et de la « charogne » 1900. À travers le personnage de des Esseintes, Huysmans n’a pas seulement résumé, immortalisé les torpeurs, les langueurs, les névroses vénéneuses et perverses du siècle finissant. Des Esseintes est aussi un héros kierkegaardien, à la fois grotesque et pathétique, une des plus fortes figures de l’angoisse qu’ait laissées notre littérature.

  • Mon avis :

Œuvre décadente par excellence, j’ai enfin lu À rebours avec l’habituelle appréhension accompagnant la lecture d’un monument de la littérature. Pour être sincère, je ne pensais pas apprécier ce roman en sachant qu’il « ne se passe rien », mais en réalité, il se révèle être incroyable, hors du temps. 

« Le fait est que, comme la douleur est un effet de l’éducation, comme elle s’élargit et s’acière à mesure que les idées naissent : plus on s’efforcera d’équarrir l’intelligence et d’affiner le système nerveux des pauvres diables, et plus on développera en eux les germes si furieusement vivaces de la souffrance morale et de la haine. »

Des Esseintes a fui la société parisienne afin de se retirer dans un endroit plus paisible. C’est une façon pour ce non-héros de se retrouver avec lui-même et de se concentrer sur toutes sortes de réflexions portant sur l’art, la littérature, la société ou la vie.

Ce roman est avant tout connu pour son cruel manque d’intrigue. Outre les nombreuses réflexions du protagoniste, il est vrai : il ne se passe strictement rien. Histoire d’ergoter, il est évidemment exagéré de dire cela. Après tout, en livrant ses pensées, le personnage principal fait une action, donc il se passe des choses, du moins dans son esprit et dans celui du lecteur. Mais passons. La folie de des Esseintes prend peu à peu le dessus sur ses pensées, les souvenirs et remords refont irrévocablement surface.

« Il faudrait pouvoir s’empêcher de discuter avec soi-même ; il faudrait pouvoir fermer les yeux, se laisser emporter par ce courant. »

Ce personnage est si singulier qu’il en devient exceptionnel. Il semble dénué de tout intérêt, ou du moins concernant la vie. Repoussé dans ses retranchements, exclu de la société, il développe une folie particulière et révélatrice de sa profonde intelligence. Peut-être est-ce pour cela que l’on ne peut détester ce non-héros.

Je me suis perdue à diverses reprises dans la beauté des phrases et des descriptions de Huysmans. Sa plume est si riche et talentueuse que les longues descriptions sont d’une délectation étonnante. Les passages où Huysmans évoque la littérature, sous toutes ses formes, et l’admiration que son personnage a pour elle ont été mes préférés tant ils sont justes et prodigieux.

« Comme un raz de marée, les vagues de la médiocrité humaine montent jusqu’au ciel et elles vont engloutir le refuge dont j’ouvre, malgré moi, les digues. »

À rebours est une œuvre complexe pour sa richesse, mais d’une beauté sans égale égayant les sens du lecteur. À lire pour sa splendeur et sa singularité.