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A propos justinsunrise

Étudiante en Licence de Lettres Modernes, vouant un culte à Zola et Vian, bâtissant un édifice à J.K.Rowling. Nulla Dies Sine Linea

Les Loyautés

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Les Loyautés

Delphine de Vigan

JC Lattès

206 pages

 

  • Résumé 

Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ? Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils. Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

 

  • Mon avis 

Passer à côté du dernier roman de Delphine de Vigan était inconcevable. Il y a quelque chose d’hypnotique chez cette auteure et que l’on retrouve dans ce titre mystérieux.

Quatre personnages sont indirectement liés entre eux. Une détresse différente pour chacun mais dont le destin est commun. La souffrance d’autrui vient notre souffrance, mais comment l’ignorer ?

« Les loyautés.

Ce sont des liens invisibles qui nous attachent les uns aux autres – aux morts comme aux vivants -, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires. »

L’histoire nous est racontée par quatre voix : celle d’Hélène, de Théo, de Mathis et de Cécile. Les personnages sont rassemblés autour de Théo, jeune garçon de douze ans qui, aux yeux de son professeure Hélène, semble aller mal. Celle-ci est la seule à remarquer le mal-être du garçon, ainsi que son ami, Mathis, qui se doute également que quelque chose n’est pas normal. Quant à la mère de ce dernier, Cécile, n’apprécie guère Théo et son comportement douteux. Ces quatre personnages sont confrontés à des problèmes communs : des enfances douteuses, des relations fragiles, la fuite des soucis quotidiens. Tout est confus au commencement de la lecture jusqu’à ce que l’on saisisse le fil qui les lie entre eux. Puis les fameuses « loyautés » aussi invisibles et puissantes soient-elles se font ressentir.

Les protagonistes sont attachants à cause de leur souffrance commune. La vie de Théo est trop dure pour quelqu’un de son âge, notamment la dangereuse pente qu’il suit. Mathis en bon ami, ou presque, garde les secrets afin de les protéger tous deux. Cécile se laisse submerger par sa personnalité et les doutes à l’égard de l’activité de son mari. Quant à Hélène, elle fait preuve d’une bienveillance étonnante. Beaucoup de peine se fait ressentir face à ces quatre personnages que la vie n’épargne pas.

« C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsque enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire. »

Le texte est bien trop court mais cela le rend percutant. Delphine de Vigan trouve les mots justes pour venir nous secouer violemment. Il ne fallait pas plus pour que ce récit vienne nous hanter. Nous sommes face à la rude réalité des loyautés.

L’efficacité de ce roman réside dans sa courte narration qui offre une fin ouverte et très perturbante. Les Loyautés est à la hauteur de la réputation de son auteure.

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Le Message

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Le Message

Andrée Chedid

J’ai lu

126 pages

 

  • Quatrième de couverture :

En été, dans un pays en guerre, une jeune femme est blessée par une balle alors qu’elle essayait de rejoindre Steph, qui habite de l’autre côté de la ville. À vingt minutes à pied de là, Steph l’attend. Dans sa dernière lettre, il lui demande de laisser de côté leurs vieilles querelles et de vivre l’indéfectible amour qui, depuis toujours, les unit. Arrêtée dans sa course par la balle d’un franc-tireur, Marie n’a qu’une seule idée en tête : lui faire parvenir un message pour lui dire qu’elle venait… qu’elle l’aime.

 

  • Mon avis :

La finesse de la couverture en dit long sur ce titre d’Andrée Chedid. Courte histoire que je ne pensais pas apprécier, mais Le Message est une belle surprise. 

« Ils riaient beaucoup ; d’eux-mêmes et de l’existence. Ils se sentaient plus vivants, plus invulnérables, grâce à ce serment, à ce filin d’acier qui les reliait à jamais. »

En pleine guerre, dans une rue sans vie, Marie reçoit une balle dans le dos. Ne pouvant continuer sa route, elle s’effondre. Comment rejoindre Steph, son amant, qui l’attend de l’autre côté de la ville ? Comment lui apporter le bref message qui clame son amour avant de rendre l’âme ?

Dès le début du récit nous retrouvons les deux thèmes majeurs : l’amour et l’attente. Légère frayeur en commençant cette lecture : j’ai pensé que nous frôlions la niaiserie noyée par des « je t’aime ». Mais le second couple de ce roman arrive, Anton et Anya, et le message prend alors toute son importance. Une véritable course contre la montre commence. Le destin de Marie est scellé, la Mort l’attend et pourtant, elle garde espoir jusqu’au bout. La beauté du Message est dans la mise en abyme présente. Anton et Anya se voient en Steph et Marie, s’imaginent dans leur situation, dans le doute et dans l’attente.

« Les siècles s’agglutinent en ce lieu dérisoire, exigu, où la mort, une fois de plus, joue, avant son heure, son implacable, sa fatale partition. »

Je nécessite des pages et des pages pour vraiment apprécier un personnage. De fait, je n’ai pas été conquise par les protagonistes. Toutefois, j’ai plutôt été sensible à Anya et à sa volonté d’atteindre le but qu’elle s’impose.

À travers son court récit, l’auteure ne transcrit pas une simple histoire d’amour. C’est l’histoire de l’humanité qui, parfois, peut être juste en temps de guerre. Le texte est haché par des chapitres très courts, mais cela lui permet d’être percutant et de maintenir le lecteur en haleine et dans l’attente, à l’image des personnages.

« Sur cette parcelle du vaste monde, sur ce minuscule îlot de bitume, sur cette scène se joue, une fois de plus, une fois de trop, le théâtre barbare de nos haines et de nos combats. »

Chacun doit avoir sa propre interprétation de ce titre, mais il est certain qu’il est surprenant, plus que je ne pouvais l’imaginer.

Bilan 2017

L’heure des chiffres a sonné ! 

J’ai tant espéré lire plus qu’en 2016 et éventuellement battre mon record de 2015 à savoir 114 lectures. Il faut croire que cette idée n’était pas si folle puisque j’ai réussi ! Je n’aurais pu rêver d’une meilleure année livresque que celle-ci. C’est donc officiel, en 2017 j’ai lu 136 œuvres dont 44 comics (nouvelle passion), 7 bd et 85 livres, tous les genres confondus. 136 lectures parmi lesquelles se trouvent de nombreux coups de cœur et très peu de déceptions.

Douze mois et cinquante-sept coups de cœur dont en

 

Janvier : Batman (2), Harley Quinn (1), La Confession de Claude de Zola et Le Mystère Henri Pick de David Foenkinos.

Février : Harley Quinn (2 et 3), Mad Love et Lux, tome 1 : Obsidienne de Jennifer L. Armentrout.

Mars : La Splendeur du Pingouin, Nightwing (1), Harley Quinn (4), Les Mains sales de Sartre et La Peau de chagrin de Balzac.

Avril : Killing joke, Autre-monde, tome 5 : Oz de Chattam, Les Animaux fantastiques de J.K.Rowling.

Juin : Sons of Anarchy (3), Harley Quinn (5), Le Joueur de Dostoïevski et Anna Karenine de Tolstoï.

Juillet : Wonder Woman Rebirth (1), Et on tuera tous les affreux de Vian, Le Parfum de Süskind et D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan.

Août : Flash (2 et 3), Axolot (1), Harley Quinn (6), Journées de lecture de Proust et Le Docteur Pascal de Zola.

Septembre : Batman Detective Comics (1), Polina, Flash (4), Nightwing (2 et 3), Injustice (1), Batman (3), Poison Ivy et Bakhita de Véronique Olmi.

Octobre : Catwoman (1 et 2), Nigthwing (5), Injustice (2), Petit Pays de Gaël Faye, Jérôme Lindon de Jean Echenoz et Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke.

Novembre : Flash (6), Injustice (5), Wonder Woman Rebirth (2), Batman Noël, Caraval de Stephanie Garber, Nos richesses de Kaouther Adimi et Souvenirs dormants de Patrick Modiano.

Décembre : Arkham Asylum, Lettres croisées de Cézanne et Zola et Alcools d’Apollinaire.

 

Top 5 des comics de l’année 

 

5

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C’est ainsi que l’aventure d’Harley a commencé, cette héroïne que j’apprécie tant, aussi folle qu’incroyable.

 

4

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L’histoire du Joker magnifiquement racontée. Et puis comment résister à cette couverture ?

 

3

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Oswald, personnage trop peu aimé mais si extraordinaire. Une histoire si sombre et touchante.

 

2

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Une merveille aussi bien pour ses dessins qui sont d’une beauté incroyable, que pour son histoire qui nous plonge dans les abysses de la folie.

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L’un des plus beaux comics que j’ai lu jusqu’à présent. L’histoire est très belle, un véritable conte de noël et les dessins sont d’une splendeur inégalée.

 

Top 3 des livres de l’année

 

3

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Ai-je trop parlé de ce livre ? Probablement. L’histoire de Bakhita continue de me hanter, plusieurs mois après l’avoir terminée. Cette femme fut fantastique.

2

 

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Une correspondance qui définit l’amitié telle qu’on devrait la connaître. L’histoire éternelle de deux enfants qui ont échangé pendant des années des lettres pleines de souvenirs, de mélancolie et de beauté.

1

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La confession du protagoniste est triste et sa souffrance est partagée. Le premier roman de Zola est bouleversant, troublant et imparfait. Un chef-d’œuvre !

 

Dernier chiffre pour conclure ce bilan annuel : celui de ma PAL. Ce n’est plus un secret, elle ne cesse de prendre de l’ampleur et comporte aujourd’hui 162 livres soit une cinquantaine de plus que l’année dernière. Même pas peur !

Au revoir là-haut

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Au revoir là-haut

Pierre Lemaitre 

615 pages

Le Livre de Poche

 

  • Quatrième de couverture 

Rescapés du premier conflit mondial, détruits par une guerre vaine et barbare, Albert et Édouard comprennent rapidement que le pays ne pourra rien faire pour eux. Car la France, qui glorifie ses morts, est impuissante à aider les survivants.

Abandonnés, condamnés à l’exclusion, les deux amis refusent pourtant de céder à l’amertume ou au découragement. Défiant la société, l’État et la morale patriotique, ils imaginent une arnaque d’envergure nationale, d’une audace inouïe et d’un cynisme absolu.

 

  • Mon avis 

Impossible d’échapper au phénomène Au revoir là-haut. Ce livre a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Goncourt en 2013. Il a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 2017, d’une réécriture en bd et de diverses rééditions. Ce livre est absolument partout, on ne peut passer à côté. On ne compte plus les éloges à ce sujet ce qui crée une appréhension au commencement de la lecture.

Quel avenir pour des rescapés de la Première Guerre mondiale ? Telle est la question que se posent Albert et Édouard. Le premier n’a plus son travail, quant au second, il lui manque la moitié du visage. Seule une supercherie extraordinaire pourrait les sauver de la misère.

« En le tenant contre lui, Albert se dit que pendant toute la guerre, comme tout le monde, Édouard n’a pensé qu’à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu’il est vivant, voilà qu’il ne pense plus qu’à disparaître. Si même les survivants n’ont plus d’autre ambition que de mourir, quel gâchis… »

À première vue, ce petit pavé est impressionnant par son épaisseur. Il est encore plus par son histoire. On pourrait croire qu’il est uniquement question des deux amis, que nenni ! Ce roman retrace l’aventure incroyable d’Albert et d’Édouard, mais aussi l’histoire de la famille Péricourt, les proches de l’Édouard d’avant. De fait un chapitre sur deux est consacré à cette famille et c’est ce qui a le plus dérangé ma lecture. Je n’ai eu de l’intérêt que pour notre duo, l’ennui et les longueurs concernant les Péricourt furent inévitables. Toutefois, je dois reconnaître que la famille a un rôle important dans l’histoire et que cette fiction est remarquable tant la duperie du duo est incroyable et touchante.

Albert et Édouard forment un duo incomparable et atypique. L’un est plutôt sérieux, l’autre est plus loufoque. J’ai adoré Édouard qui n’a plus d’espoir en l’après et en la vie, mais qui va se battre, à sa manière, pour s’en sortir. J’ai également adoré Albert, plus raisonnable mais prêt à tout pour celui qui l’a sauvé. Leur lien est indescriptible puisqu’il va au-delà de la mort.

« La guerre n’était rien d’autre qu’une immense loterie à balles réelles dans laquelle survivre quatre années tenait fondamentalement du miracle. »

Le style de l’auteur est surprenant par sa simplicité et par sa capacité à retranscrire les émotions de ses personnages. Qui dit simplicité dit bien évidemment page-turner, mais ce n’est guère dérangeant puisque l’intrigue portant sur l’escroquerie est magistrale.

Cette lecture fut longue. Je m’attendais à un coup de cœur exceptionnel, mais je vais me restreindre à une « bonne lecture » parce que j’aurais voulu que l’histoire soit encore plus centrée sur Albert et Édouard. Cependant, ce roman mérite tout le bruit qui gravite autour de lui.

Bilan décembre 2017

Je m’attendais à un mois de décembre fort productif avec de nombreuses lectures grâce aux vacances, mais ce ne fut pas totalement le cas. Cependant, le bilan est de douze lectures bien variées.

 

Les bonnes lectures

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Un souffle de courtes nouvelles, certaines plus touchantes que les autres avec un style propre à l’auteur.

 

 

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Second tome des Chemins de la liberté auquel je n’ai pas autant accroché que le précédent, certainement à cause des nombreux personnages présents.

 

 

 

Les très bonnes lectures

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Roman étonnant avec un personnage éponyme détestable. Le style de Nabokov est stupéfiant, une vraie splendeur !

 

 

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Un rythme toujours aussi haletant avec une fin étonnante et prometteuse pour la suite.

 

 

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Un travail sur la mémoire qui est impressionnant. La plume de l’auteur, marquée par sa lenteur, est d’une beauté simple mais réelle.

 

 

 

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Une deuxième partie plus complexe avec de nombreux personnages. Mais Selina est toujours aussi remarquable.

 

 

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Comics atypique dont l’intrigue mêle la simplicité à l’humour en passant par divers questionnements sur les êtres, la vie.

 

 

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Un choix de narrateur vraiment étonnant qui lie le passé au présent afin de construire son récit.

 

 

 

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Les personnages secondaires prennent ici de l’importance. Les illustrations sont très belles et marquantes.

 

 

 

 

Les coups de cœur

 

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Une correspondance magnifique qui révèle la plus belle des amitiés. Des lettres bouleversantes et mélancoliques de deux grands hommes.

 

 

 

 

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Une merveille visuelle avec des dessins d’une beauté incroyable. Une plongée dans les abysses de la folie absolument grandiose.

 

 

 

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La douce, mélancolique et époustouflante poésie d’Apollinaire me réconcilie avec ce genre.

 

 

 

 

Du côté des films et des séries

Il m’aura fallu du temps, mais j’ai (enfin) regardé La La Land. Avec tout le bruit qui tournait autour, je m’attendais au film de l’année, mais je ne pense pas que ça soit le cas. Toutefois c’est une belle surprise, surtout pour sa fin. Et le duo des deux acteurs fonctionne à merveille. Toujours du côté des comédies, c’est vers Five que je me suis tournée. C’est une belle histoire sur l’amitié avec néanmoins quelques incohérences, mais on pardonne parce que Pierre Niney. Côté super-héros, j’ai visionné Doctor Strange que j’ai trouvé bien mais pas extraordinaire. Je dois quand même reconnaitre que le personnage a un potentiel incroyable. Le dessin-animé du mois fut Le Monde de Dory qui m’a permis de passer un bon moment. Dory étant très touchante pour un poisson… Regarder Gaga : Five Foot Two fut une sage décision. Ce documentaire est bouleversant avec une Gaga qui se livre comme jamais. Mais le film coup de cœur du mois est Polina, danser sa vie. Il est aussi beau et touchant que l’œuvre de Vivès.

Pour les séries, j’ai terminé You’re the Worst (4) dont la saison fut mouvementée, encore plus qu’au cours des précédentes. J’ai beaucoup apprécié The Crown et sa deuxième saison qui se révèle de plus en plus intéressante au fil des épisodes. Stranger Things ou comment j’ai passé deux jours scotchée devant ma télé. Tout est parfait dans cette série. Je ne pouvais pas mieux terminer l’année autrement qu’avec Black Mirror dont la quatrième saison est absolument renversante.

 

En bref…

La nouvelle année a débuté depuis quelques jours et le bilan de 2017 va bientôt paraître. En attendant, mon objectif est inchangé : lire toujours plus en variant les lectures au maximum.

Bon mois de janvier ❄️

Lettres croisées

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Lettres croisées

Paul Cézanne et Émile Zola

Gallimard

435 pages

 

Quatrième de couverture 

Deux grands artistes, l’un peintre, l’autre écrivain. Deux amis de toujours et pour toujours. Leur amitié a débuté en 1853 ou 1854, au lycée d’Aix, et résistera longtemps à l’éloignement. Entre Cézanne et Zola, ce ne fut pas seulement une forte complicité de jeunesse, de proximité géographique ou de milieu, mais un même choix de sujets, de communautés d’artistes, de refus des académismes et des conventions, une même compréhension de l’époque. 

Leur correspondance, publiée jusqu’ici séparément, n’avait jamais été rassemblée ni confrontée. Pourtant, ces cent quinze lettres – malgré les pertes et les années manquantes – témoignent de leur dialogue entre 1858 et 1887 : leur sens véritable ne réside pas seulement dans leurs allusions aux événements de la vie privée ou de la vie sociale de chacun, mais dans leur existence même, et dans les autres échanges qu’elles présupposent, dont la trace s’est perdue. 

Si John Rewald, le premier éditeur de la correspondance de Zola en 1937, a pu affirmer jusqu’ici que les deux hommes s’étaient brouillés à la suite de la publication de L’Œuvre – pour le critique, le personnage de Lantier et son échec représentaient Cézanne et le sien –, une nouvelle lettre retrouvée en 2013, postérieure à celle de la «rupture », vient remettre en question toutes les thèses établies. C’est sous ce nouvel éclairage rendu possible par la recherche littéraire qu’Henri Mitterand nous guide à travers l’œuvre picturale et l’œuvre romanesque des deux artistes.

 

Mon avis 

Le livre entre les mains, la première page est à peine tournée que je perds déjà toute objectivité. Merveilleux recueil épistolaire entre deux grands hommes du XIXe dont l’amitié est à la hauteur de leurs nombreux talents.

« Ne sois pas égoïste : tes joies comme tes douleurs m’appartiennent. Quand tu seras gai, égaye-moi ; quand tu seras triste, assombris mon ciel sans crainte : une larme est quelquefois plus douce qu’un sourire. »

Henri Mitterand, grand spécialiste du Maître, nous invite à découvrir les échanges entre Cézanne et Zola au cours d’une vingtaine d’années. Des lettres d’une richesse incroyable qui nous permettent d’en apprendre plus sur leur relation et sur leur vie.

Ouvrage divisé en cinq grandes parties ou périodes qui permettent de suivre l’évolution de la correspondance des deux amis, mais les changements de leur vie, les rencontres qu’ils font, leurs travaux respectifs. Avant chaque partie, Henri Mitterand présente les échanges qui vont suivre et les contextualise. Des analyses qui se révèlent précieuses. Viennent alors les fameuses lettres. Des lettres justes, bouleversantes, mélancoliques. Longues ou brèves, elles retracent la magnifique amitié liant deux enfants qui ont grandi l’un vers l’autre, l’un loin de l’autre, mais dont la relation restera inchangée et inscrite dans l’éternité.

« Quelles que soient tes défaillances, quels que soient tes errements, tu seras toujours le même pour moi. »

Cette correspondance nous plonge au cœur de l’intimité de Zola et de Cézanne. Nous apprenons les doutes de ce dernier, ses découragements, ses craintes, mais aussi un talent caché d’écrivain, de vrai poète. Les alexandrins qu’il écrit sont remarquables. Nous découvrons un tout autre Zola, un écrivain à l’opposé de celui des Rougon-Macquart et dont la plume se rapproche de celle de La Confession de Claude. Tant d’émotion à la lecture de ces lettres qui sont comme un écho à l’amitié telle que nous pouvons la connaître. Une amitié profonde et unique comme nous en connaissons peu. Cézanne et Zola se sont trouvés et l’un ne pouvait aller sans l’autre.

Au fil des années, les lettres entre les deux amis d’enfance se font plus rares, mais ce n’est aucunement à cause de la publication de L’Œuvre. Cézanne prenait ses distances bien avant. Toutefois, il est certain qu’une amitié telle que la leur est précieuse et c’est là que réside toute la splendeur de leur relation et de ces Lettres croisées.

« Comme le naufragé qui se cramponne à la planche qui surnage, je me suis cramponné à toi, mon vieux Paul. Tu me comprenais, ton caractère m’était sympathique ; j’avais trouvé un ami, et j’en remerciais le ciel. J’ai craint de te perdre à plusieurs reprises ; maintenant cela me semble impossible. Nous nous connaissons trop parfaitement pour jamais nous détacher. »

Lolita

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Lolita

Nabokov

Folio

502 pages

 

  • Quatrième de couverture 

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.

Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c’était toujours Lolita. »

 

  • Mon avis

Une histoire souvent critiquée, blâmée alors que derrière son apparence répugnante voire monstrueuse, se cache la plus poétique des histoires d’amour interdites. 

Humbert Humbert raconte son histoire. Celle d’une homme d’un trentaine d’années qui tombe éperdument, terriblement amoureux de la fille de douze ans de la femme qui partagera sa vie quelque temps. Quand la mère de Dolorès meurt, le narrateur peut enfin posséder sa nymphette. Un jeu dangereux commence.

« D’emblée, nous fûmes passionnément, gauchement, scandaleusement, atrocement amoureux l’un de l’autre. »

Humbert éprouve un intérêt particulier et sans limite pour celles qu’il appelle les « nymphettes », des jeunes filles âgées de 9 à 14 ans. Une passion, une pulsion, une obsession qui attend son paroxysme lorsqu’il rencontre Dolorès, Lolita, Dolly, Lo, fille de Charlotte Haze. Son fantasme est si fort, il veut tellement qu’elle lui appartienne, qu’il épouse la « Grosse Haze ». Sa mort est le doux synonyme de liberté pour Humbert. La relation entre Lolita et Humbert est malsaine, c’est certain. Mais je persiste à penser qu’elle n’est pas aussi choquante qu’elle n’y paraît. Humbert n’est pas le seul responsable, il n’est pas un vil pédophile et Lolita n’est pas une pauvre victime. Toute la complexité de ces deux êtres réside dans leur relation.

Je me demande si Dolly n’est pas plus abjecte qu’Humbert. Elle est manipulatrice, simulant la naïveté pour mieux jouer avec les sentiments d’Humbert. J’ai éprouvé de la peine pour lui même si cela n’excuse pas ses actes. Il n’est pas dénué de sentiments, bien au contraire, il déborde d’amour pour sa nymphette. Il est infâme mais souffre énormément. Sa peine peut être compréhensible.

« Il m’a brisé le cœur. Toi, tu n’as brisé que ma vie. »

Ses paroles et ses pensées, perturbantes pour la plupart, sont embellies par le merveilleux style de Nabokov. Le laid devient le beau. L’horreur devient douce grâce aux phrases poétiques qui dominent ce roman. Ce n’est pas l’histoire qui est choquante mais le style de l’auteur qui est d’une rareté.

Trop de malentendus ou de mauvais soupçons tournent autour de Lolita. Ce livre n’est pas un mal, mais l’histoire d’un homme qui a eu le malheur d’avoir de laides pulsions. C’est une œuvre incroyable.