Archives pour la catégorie Contemporain

Les Loyautés

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Les Loyautés

Delphine de Vigan

JC Lattès

206 pages

 

  • Résumé 

Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ? Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils. Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

 

  • Mon avis 

Passer à côté du dernier roman de Delphine de Vigan était inconcevable. Il y a quelque chose d’hypnotique chez cette auteure et que l’on retrouve dans ce titre mystérieux.

Quatre personnages sont indirectement liés entre eux. Une détresse différente pour chacun mais dont le destin est commun. La souffrance d’autrui vient notre souffrance, mais comment l’ignorer ?

« Les loyautés.

Ce sont des liens invisibles qui nous attachent les uns aux autres – aux morts comme aux vivants -, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires. »

L’histoire nous est racontée par quatre voix : celle d’Hélène, de Théo, de Mathis et de Cécile. Les personnages sont rassemblés autour de Théo, jeune garçon de douze ans qui, aux yeux de son professeure Hélène, semble aller mal. Celle-ci est la seule à remarquer le mal-être du garçon, ainsi que son ami, Mathis, qui se doute également que quelque chose n’est pas normal. Quant à la mère de ce dernier, Cécile, n’apprécie guère Théo et son comportement douteux. Ces quatre personnages sont confrontés à des problèmes communs : des enfances douteuses, des relations fragiles, la fuite des soucis quotidiens. Tout est confus au commencement de la lecture jusqu’à ce que l’on saisisse le fil qui les lie entre eux. Puis les fameuses « loyautés » aussi invisibles et puissantes soient-elles se font ressentir.

Les protagonistes sont attachants à cause de leur souffrance commune. La vie de Théo est trop dure pour quelqu’un de son âge, notamment la dangereuse pente qu’il suit. Mathis en bon ami, ou presque, garde les secrets afin de les protéger tous deux. Cécile se laisse submerger par sa personnalité et les doutes à l’égard de l’activité de son mari. Quant à Hélène, elle fait preuve d’une bienveillance étonnante. Beaucoup de peine se fait ressentir face à ces quatre personnages que la vie n’épargne pas.

« C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsque enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire. »

Le texte est bien trop court mais cela le rend percutant. Delphine de Vigan trouve les mots justes pour venir nous secouer violemment. Il ne fallait pas plus pour que ce récit vienne nous hanter. Nous sommes face à la rude réalité des loyautés.

L’efficacité de ce roman réside dans sa courte narration qui offre une fin ouverte et très perturbante. Les Loyautés est à la hauteur de la réputation de son auteure.

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Le Message

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Le Message

Andrée Chedid

J’ai lu

126 pages

 

  • Quatrième de couverture :

En été, dans un pays en guerre, une jeune femme est blessée par une balle alors qu’elle essayait de rejoindre Steph, qui habite de l’autre côté de la ville. À vingt minutes à pied de là, Steph l’attend. Dans sa dernière lettre, il lui demande de laisser de côté leurs vieilles querelles et de vivre l’indéfectible amour qui, depuis toujours, les unit. Arrêtée dans sa course par la balle d’un franc-tireur, Marie n’a qu’une seule idée en tête : lui faire parvenir un message pour lui dire qu’elle venait… qu’elle l’aime.

 

  • Mon avis :

La finesse de la couverture en dit long sur ce titre d’Andrée Chedid. Courte histoire que je ne pensais pas apprécier, mais Le Message est une belle surprise. 

« Ils riaient beaucoup ; d’eux-mêmes et de l’existence. Ils se sentaient plus vivants, plus invulnérables, grâce à ce serment, à ce filin d’acier qui les reliait à jamais. »

En pleine guerre, dans une rue sans vie, Marie reçoit une balle dans le dos. Ne pouvant continuer sa route, elle s’effondre. Comment rejoindre Steph, son amant, qui l’attend de l’autre côté de la ville ? Comment lui apporter le bref message qui clame son amour avant de rendre l’âme ?

Dès le début du récit nous retrouvons les deux thèmes majeurs : l’amour et l’attente. Légère frayeur en commençant cette lecture : j’ai pensé que nous frôlions la niaiserie noyée par des « je t’aime ». Mais le second couple de ce roman arrive, Anton et Anya, et le message prend alors toute son importance. Une véritable course contre la montre commence. Le destin de Marie est scellé, la Mort l’attend et pourtant, elle garde espoir jusqu’au bout. La beauté du Message est dans la mise en abyme présente. Anton et Anya se voient en Steph et Marie, s’imaginent dans leur situation, dans le doute et dans l’attente.

« Les siècles s’agglutinent en ce lieu dérisoire, exigu, où la mort, une fois de plus, joue, avant son heure, son implacable, sa fatale partition. »

Je nécessite des pages et des pages pour vraiment apprécier un personnage. De fait, je n’ai pas été conquise par les protagonistes. Toutefois, j’ai plutôt été sensible à Anya et à sa volonté d’atteindre le but qu’elle s’impose.

À travers son court récit, l’auteure ne transcrit pas une simple histoire d’amour. C’est l’histoire de l’humanité qui, parfois, peut être juste en temps de guerre. Le texte est haché par des chapitres très courts, mais cela lui permet d’être percutant et de maintenir le lecteur en haleine et dans l’attente, à l’image des personnages.

« Sur cette parcelle du vaste monde, sur ce minuscule îlot de bitume, sur cette scène se joue, une fois de plus, une fois de trop, le théâtre barbare de nos haines et de nos combats. »

Chacun doit avoir sa propre interprétation de ce titre, mais il est certain qu’il est surprenant, plus que je ne pouvais l’imaginer.

Au revoir là-haut

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Au revoir là-haut

Pierre Lemaitre 

615 pages

Le Livre de Poche

 

  • Quatrième de couverture 

Rescapés du premier conflit mondial, détruits par une guerre vaine et barbare, Albert et Édouard comprennent rapidement que le pays ne pourra rien faire pour eux. Car la France, qui glorifie ses morts, est impuissante à aider les survivants.

Abandonnés, condamnés à l’exclusion, les deux amis refusent pourtant de céder à l’amertume ou au découragement. Défiant la société, l’État et la morale patriotique, ils imaginent une arnaque d’envergure nationale, d’une audace inouïe et d’un cynisme absolu.

 

  • Mon avis 

Impossible d’échapper au phénomène Au revoir là-haut. Ce livre a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Goncourt en 2013. Il a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 2017, d’une réécriture en bd et de diverses rééditions. Ce livre est absolument partout, on ne peut passer à côté. On ne compte plus les éloges à ce sujet ce qui crée une appréhension au commencement de la lecture.

Quel avenir pour des rescapés de la Première Guerre mondiale ? Telle est la question que se posent Albert et Édouard. Le premier n’a plus son travail, quant au second, il lui manque la moitié du visage. Seule une supercherie extraordinaire pourrait les sauver de la misère.

« En le tenant contre lui, Albert se dit que pendant toute la guerre, comme tout le monde, Édouard n’a pensé qu’à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu’il est vivant, voilà qu’il ne pense plus qu’à disparaître. Si même les survivants n’ont plus d’autre ambition que de mourir, quel gâchis… »

À première vue, ce petit pavé est impressionnant par son épaisseur. Il est encore plus par son histoire. On pourrait croire qu’il est uniquement question des deux amis, que nenni ! Ce roman retrace l’aventure incroyable d’Albert et d’Édouard, mais aussi l’histoire de la famille Péricourt, les proches de l’Édouard d’avant. De fait un chapitre sur deux est consacré à cette famille et c’est ce qui a le plus dérangé ma lecture. Je n’ai eu de l’intérêt que pour notre duo, l’ennui et les longueurs concernant les Péricourt furent inévitables. Toutefois, je dois reconnaître que la famille a un rôle important dans l’histoire et que cette fiction est remarquable tant la duperie du duo est incroyable et touchante.

Albert et Édouard forment un duo incomparable et atypique. L’un est plutôt sérieux, l’autre est plus loufoque. J’ai adoré Édouard qui n’a plus d’espoir en l’après et en la vie, mais qui va se battre, à sa manière, pour s’en sortir. J’ai également adoré Albert, plus raisonnable mais prêt à tout pour celui qui l’a sauvé. Leur lien est indescriptible puisqu’il va au-delà de la mort.

« La guerre n’était rien d’autre qu’une immense loterie à balles réelles dans laquelle survivre quatre années tenait fondamentalement du miracle. »

Le style de l’auteur est surprenant par sa simplicité et par sa capacité à retranscrire les émotions de ses personnages. Qui dit simplicité dit bien évidemment page-turner, mais ce n’est guère dérangeant puisque l’intrigue portant sur l’escroquerie est magistrale.

Cette lecture fut longue. Je m’attendais à un coup de cœur exceptionnel, mais je vais me restreindre à une « bonne lecture » parce que j’aurais voulu que l’histoire soit encore plus centrée sur Albert et Édouard. Cependant, ce roman mérite tout le bruit qui gravite autour de lui.

Souvenirs dormants

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Souvenirs dormants

Patrick Modiano

Éditions Gallimard

105 pages

 

  • Quatrième de couverture : 

« ‟Vous en avez de la mémoire… ”

Oui, beaucoup… Mais j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée. »

 

  • Mon avis : 

Pouvais-je passer à côté du dernier Modiano ? Non évidemment. Déambuler dans les rues de Paris à côté de lui, plus jeune, est un plaisir. Plonger dans les brides de ses souvenirs est une aventure mystérieuse et unique.

Le narrateur se remémore sa jeunesse, les rencontres passées qui ont eu un impact plus ou moins important dans sa vie. Ce récit est un véritable puzzle à reconstituer.

« Si l’on pouvait revivre aux mêmes heures, aux mêmes endroits et dans les mêmes circonstances ce qu’on avait déjà vécu, mais le vivre beaucoup mieux que la première fois, sans les erreurs, les accrocs et les temps morts…ce serait comme de recopier au propre un manuscrit couvert de ratures… »

Les intrigues de Modiano sont toujours un mystère. On se promène au fil des pages, on erre dans un brouillard qui a du mal à se dissiper. Ce sont des noms qui surgissent, des rues et des évènements. Les souvenirs dorment mais le sommeil n’est pas profond, ils sont bien présents et flottent à la surface de la mémoire du narrateur.

Un Modiano plus jeune qui semble sans cesse confronté aux lois du hasard. Un narrateur secret qui est dans la quête personnelle de ses souvenirs.

« Après avoir touché le fond, je remontais à la surface. Je me disais : Maintenant ce sera pour moi le début d’une autre vie. Et celle que j’avais vécue jusque-là m’apparaissait comme un rêve confus dont je venais de me réveiller. »

Un style bien singulier avec cette douceur toujours présente et une pudeur que l’on ressent à travers les mots. Avec simplicité Modiano nous invite dans ses souvenirs et c’est ce que j’apprécie le plus chez cet auteur. L’audace qu’il a à nous pousser dans son passé qui va finalement faire écho avec le notre. Le flou modianesque est un délice.

Les œuvres de Patrick Modiano sont toujours aussi surprenantes et incertaines, Souvenirs dormants n’échappe pas à la règle. Cet auteur hypnotise par son style incomparable. Paraît-il que ce roman est complémentaire à sa pièce de théâtre toute fraîchement publiée, il ne me tarde de la découvrir. En attendant, lisez Modiano.

Nos richesses

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Titre : Nos richesses

Auteure : Kaouther Adimi

Éditions du Seuil

211 pages

 

  • Quatrième de couverture : 

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale. 

En 2017, Ryad a le même âge que Charlot à ses débuts. Mais lui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il est de passage à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

 

  • Mon avis : 

Il était sélectionné pour le Goncourt, il n’a malheureusement pas été retenu. Nos richesses est belle histoire entre amour des livres et de l’Algérie. 

Ryad est chargé de vider la librairie des Vraies Richesses à Alger. Ici, on ne vendra plus des livres mais des beignets. Alors qu’il n’a aucune affection pour les livres, Ryad apprendre l’incroyable histoire de ce lieu si atypique.

« Nous ne nous rendons compte de nos richesses qu’une fois que nous les perdons ! » 

Ce roman nous présente deux histoires en une. D’abord celle du jeune Ryad à qui est confiée la lourde tâche de débarrasser tous les livres présents dans la librairie de la rue Charras, véritable temple pour les habitants du quartier. Et puis il y a l’histoire d’Edmond Charlot, créateur du lieu, que l’on découvre par le biais de son journal. Le chemin parcouru par cet homme est impressionnant. Tout cela dans l’unique but de faire vivre sa passion. La passion pourrait définir toute cette œuvre parce qu’il n’est pas uniquement question de deux hommes à deux époques distinctes. La littérature et l’amour des livres est le fil rouge de ce roman. C’est une véritable ode aux livres, aux métiers de libraire, de bibliothécaire et d’éditeur. Grâce au journal de Charlot, nous découvrons l’envers du décor et les difficultés auxquelles il a trop longtemps été confronté. Outre cette thématique littéraire que j’affectionne particulièrement, j’ai été conquise par la présence d’Albert Camus, d’Antoine de Saint-Exupéry, de Jean Giono et j’en passe. C’est comme leur donner vie à nouveau. C’est beau.

J’ai apprécié le mystère qui gravite autour d’Abdallah et toute la douceur qui s’en dégage. Le personnage de Ryad, malgré son indifférence pour les livres, reste intéressé et intrigué par leur histoire et celle des Vraies Richesses. Quant à Edmond, c’est beaucoup d’admiration que je ressens à son égard.

« Il y a un temps où les livres étaient si précieux que nous les regardions avec respect, que nous les promettions aux enfants, que nous les offrions aux êtres aimés ! »

C’est avec simplicité et sincérité que Kaouther Adimi écrit cette histoire. Encore une fois on retrouve la passion que l’auteure semble éprouver pour la littérature et pour l’Algérie si agréablement décrite. Je ne parle évidemment pas des destructions causées par la Seconde Guerre mondiale ni par la Guerre d’Algérie qui m’ont touchée plus qu’elles n’auraient dû. J’ai eu l’impression de voyager aux côtés de Ryad et d’Emond.

Un livre qui parle de livres et de littérature ne peut être qu’un très bon livre. Nos richesses nous rappelle l’importance de ce/ceux qui nous entoure/nt.

Marlène

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Titre : Marlène

Auteur : Philippe Djian

Éditions : Gallimard

Pages : 212

 

  • Quatrième de couverture :

Dan et Richard, deux vétérans de l’Afghanistan et amis d’enfance, vivent dans la même ville depuis leur retour des zones de combat. Encore gravement perturbés par ce qu’ils ont vécu, ils peuvent à retrouver une vie normale.

Le cas de Dan est à peu près réglé – il s’oblige à une hygiène de vie très rigoureuse, travaille assidûment ; mais celui de Richard – bagarreur, récidiviste, infidèle – semble définitivement perdu. 

L’arrivée de Marlène, la belle-sœur de Richard, va redistribuer les cartes. Jusqu’à la tragédie ? 

 

  • Mon avis :

Il y a environ un an ma curiosité m’a poussée à lire Chéri-chéri du même auteur. Profonde déception. À la sortie de Marlène dont le résumé semblait vraiment prometteur, j’ai voulu donner une seconde chance à l’auteur. Peut-être n’aurais-je pas dû… 

Comment vous résumer cela ?… C’est l’histoire de Dan et de Richard qui essayent de retrouver une vie normale après l’Afghanistan. Dans leur vie on retrouve la femme de Richard et sa fille qui est plus ou moins la compagne de Dans et Marlène la belle-sœur de Richard très proche de Dan et puis la femme de Richard est amie avec Dan et…c’est déjà pas mal. En somme les personnages vont essayer de se trouver ou de se retrouver.

Avez-vous compris ? Non, moi non plus. C’est du Philippe Djian alors nous plongeons pleinement dans une intrigue patchwork avec de nombreuses ellipses et des dialogues qu’il faut percevoir au sein de la narration. Un semblant de discours indirect libre qui n’en est pas totalement, je vous assure que c’est perturbant. On ne sait pas trop s’il est question d’une histoire d’amour ou d’une histoire plutôt familiale. Je pensais que l’Afghanistan serait plus mentionnée, mais non. Malgré tout l’intrigue n’est pas mauvaise. Marlène au sombre passé, entre brusquement dans la vie quotidienne de sa sœur et de Richard, elle rompt les habitudes qu’essayait de tenir Dan. Mais tout cela manque cruellement de profondeur. On ne va pas au fond des choses, tout est en suspend, surtout la fin aussi terrible soit-elle. En refermant le livre nous sommes comme au début : nulle part.

Les personnages… Marlène est inintéressante malgré son potentiel. Comme les autres personnages féminins d’ailleurs, ils sont tous détestables. J’aurais pu apprécier Dan et Richard, mais je ne les ai guère compris, notamment Richard qui est resté un vrai mystère. Toutefois Dan est le personnage le plus travaillé, j’ai même réussi à éprouver de la peine pour lui.

Philippe Djian n’est vraiment pas pour moi et je pense m’arrêter là avec lui. Je n’arrive pas à me faire à son style si atypique. Nous sommes tout le temps dans la suggestion, rien ne semble clair, rien n’est concret. On ne sait pas, on ne sait jamais et c’est dommage.

J’ai lu Marlène vite, peut-être trop vite mais c’était certainement mieux ainsi. Je suis probablement encore passée à côté de ce livre, comme Chéri-chéri. Heureusement la couverture est belle.

Petit pays

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Titre : Petit pays

Auteur : Gaël Faye

Éditions : Grasset

Pages : 217

  • Quatrième de couverture : 

Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d’Afrique centrale brutalement malmené par l’Histoire. 

Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d’orage, les jacarandas en fleur… L’enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais. 

 

  • Mon avis : 

Ce livre a tant fait parler de lui que je ne pouvais passer à côté. Pourtant je m’en veux d’avoir mis autant de temps à le lire. Quelle grossière erreur ! Petit pays est de ces livres, plutôt rares, qui dès la première page donnent un sentiment de force incroyable : on sait qu’ils vont être bouleversants, des coups de cœur inévitables. 

« On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire. »

Grande plongée dans le passé de Gabriel, enfant de dix ans qui vit avec ses parents et sa sœur au Burundi. D’un père français et d’une mère rwandaise, Gabriel, jeune et insouciant, voit le paisible quotidien de son petit pays bousculé par la guerre entre les Hutus et les Tutsis. L’innocence enfantine est bafouée et la vie de Gabriel marquée à jamais.

Il est difficile de se replonger dans ses souvenirs d’enfance, d’en retracer l’exactitude des faits. Gabriel retourne au Burundi, pays où il a passé une partie de sa jeunesse. Il se remémore les paysages d’une beauté unique, son petit paradis, les moments passés avec ses amis et la violence des hommes. De l’histoire de Gabriel nous immergeons dans l’Histoire du Rwanda. La guerre civile et le génocide des Tutsis sont évoqués à travers les yeux de cet enfant qui ne comprend pas pourquoi il y a autant de violence et de haine entre les ethnies alors qu’ils sont tous des hommes. À l’image de Gabriel et de l’auteur, nous naviguons entre incompréhension et doute.

« Chacun voit le monde à travers la couleur de ses yeux. » 

Malgré son innocence et sa naïveté d’enfant, Gabriel est certainement le plus lucide de tous les personnages : pourquoi faire la guerre ? Enfant privilégié, Gabriel fait preuve d’une étonnante maturité, il a conscience de la détresse des autres et du mal qui est fait. La guerre le pousse à grandir, peut-être malgré lui, et cela se ressent dans ses réflexions et ses lettres qu’il échange avec Laure. Mais ce trouble l’a marqué et continue de le marquer une fois adulte. Outre Gabriel, j’ai aimé la bienveillance et la douceur du personnage de Mme Economopoulos qui se distingue, tout comme notre jeune héros, des autres.

Et puis il y a Gaël Faye et son style renversant d’une rare pureté. Chaque phrase est poétique et  rythmée d’une façon mélodique. Il hypnotise par ses mots. Les sentiments semblent si réels, les émotions sont plus que présentes. C’est une histoire tragique pourtant drôle et touchante.

« Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

Alors c’était donc ça Petit pays ? Une claque littéraire comme on en prend peu. Pour un premier roman Gaël Faye s’en sort plus que très bien et ne laisse aucun doute sur son talent.