Une histoire des loups

14 août 2019,

Une histoire des loups, Emily Fridlund.
Gallmeister – 289 pages

Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

couv57014410.jpg

 

Lire un roman des éditions Gallmeister est à chaque fois un voyage dépaysant. En me plongeant dans Une histoire des loups, je voulais avant tout m’évader dans cette Amérique profonde et découvrir le secret de cette intrigante famille.

Madeline, Linda, est une adolescente solitaire, alors quand elle aperçoit sur l’autre rive du lac une mère avec son fils, elle se met à les observer. Patra, la mère, va lui proposer de garder son fils, Paul. Linda devient la baby-sitter et entre dans cette famille étrange. Quelque chose se trame, c’est certain…

Premier chapitre, nous apprenons que Madeline, notre héroïne, est non seulement la narratrice de l’histoire mais surtout différente des autres adolescents de son âge. Sa différence est la part sauvage, presque animale de sa personnalité qui la pousse à devenir parfaitement solitaire, à vivre en marge de la société. Mais elle lui permet de se rapprocher de Patra et de son fils Paul, les nouveaux voisins. De suite, nous comprenons que quelque chose ne tourne pas rond. Tout est étrange dans le comportement de Patra, dans la relations qu’ils entretiennent elle, Léo et leur fils Paul, mais c’est surtout la raison, ou non-raison, pour laquelle ils ont emménagé dans une maison perdue au fond des bois. Le récit fait par Linda nous permet d’en apprendre plus sur cette famille, tout en semant le trouble et en faisant naître une tension. En effet, le parti pris de relater les faits passés guidant au procès en parallèle avec le présent du-dit procès rend le récit certes lent, mais intense.

« Finalement, je ne mourrai pas, pas maintenant, mais continuerai de vivre vertigineusement, à jamais dans la réalité, à moitié sourd à la réalité, dans la pièce imprégnée du feu que notre volonté inextinguible déclenche. »

Ce n’est pas Madeline qui est dérangeante dans l’histoire, mais le couple formé par Patra et Léo. Surtout ce dernier qui semble avoir des poussées de domination à l’égard de sa femme Patra, son autorité sonne faux. Patra est définitivement soumise, elle est une poupée en porcelaine qui ne trouve un semblant d’éclat qu’en présence de Léo. Elle m’a vraiment fait de la peine. La relation qu’elle entretient avec Léo fonctionne uniquement parce que le petit Paul est là. Lui aussi est étrange, il n’a rien d’un petit garçon, sa maturité a quelque chose d’effrayant. Quant à Madeline ou Linda, elle est certes sauvage, à l’écart d’autrui, avec pour passion les loups, mais j’ai aimé sa solitude et sa sensibilité. 

J’ai été très perturbée par ce roman et encore plus par l’écriture de l’auteure. Elle a réussi à lier la lenteur de son texte avec de longues descriptions à une forte tension créant un véritable suspense quelque peu insoutenable. Nous voulons savoir ce qu’il se passe au sein de cette famille, ce qu’il y a de douteux entre les parents et l’enfant. Divers sujets sont évoqués par l’auteure comme la quête de soi, la nature humaine et la difficulté de trouver sa place dans la société, mais aussi la religion, la science et les choix que nous pouvons faire. 

Je comprends qu’Emily Fridlund ne peut pas mettre tout le monde d’accord avec cet étonnant livre, mais dire que ce roman est simple et ennuyeux serait mentir. Il est d’une richesse incroyable, toute sa singularité réside dans la plume de l’auteure et dans sa surprenante héroïne.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s