Le Magasin jaune

12 août 2019,

Le Magasin jaune, Marc Trédivic.
Le Livre de Poche – 276 pages

Pigalle, 1929. Une boutique de jouets, fraîchement repeinte couleur mimosa, devient le point de ralliement du quartier. On l’appelle le magasin jaune. Pendant que ses propriétaires, Gustave et Valentine, rivalisent d’inventivité pour donner au lieu de l’éclat, leur fille, qui naît en 1930, va vite devenir la mascotte du quartier. Mais au-dehors, le monde s’obscurcit. Avec la guerre et l’Occupation arrive l’heure des choix. Le magasin jaune, dépositaire de l’innocence et des rêves de l’enfance, sera-t-il un rempart contre la folie meurtrière des hommes ?

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Le Magasin jaune, un titre qui m’a tout de suite interpellée. Plusieurs fois j’ai regardé ce roman qui était alors en grand format, hésitante.. À sa sortie en poche, je n’ai pas pu résister plus longtemps. Il y a des livres qui vont nous plaire et nous bouleverser, on le sait à l’avance, et pour celui-ci, je le savais.

1929, Gustave devient propriétaire d’un magasin rue Germain-Pilon. Ce magasin est jaune, un jaune joyeux, un jaune chaleureux, un magasin qui est un havre de paix. Les jouets sont rois et les enfants en ressortent heureux. Lorsque la guerre éclate, le magasin perd de son éclat mais ce jaune demeure. 

« Dans le magasin jaune, comme dans le cœur des hommes, l’illusion vit ses derniers instants, le réel gagne du terrain et détruit les jeux de construction de l’esprit. »

Avant d’être jaune le magasin était terne et triste. Et puis Gustave est arrivé avec son désir de rendre heureux enfants et parents, d’apporter la joie et les rires au sein des foyers. Marié à Valentine, ils font de ce magasin un véritable paradis pour les jouets et les enfants. Un an après l’ouverture naît leur fille, Germaine, surnommée Quinze. Cette dernière est bien vite vénérée par tous ses camarades. Par la suite, le magasin évolue, certains jouets en remplacent d’autres mais le jaune reste présent, bien encré dans les murs et dans le cœur des habitants. Cependant, la guerre vient obscurcir la tranquillité de la famille de Gustave. L’Occupation survient à son tour et Gustave doit choisir : collaborer ou résister ? Le magasin jaune devient alors, dans l’ombre, un autre lieu, plus sombre, plus dangereux. Mais jamais il ne perd son âme. Ce roman évoque la guerre comme celle-ci n’avait encore jamais été racontée, avec une naïveté enfantine et des métaphores. La guerre n’est pas là pour émouvoir le lecteur, non, c’est l’histoire du magasin jaune qui est émouvante. Le magasin est un personnage à part entière.

Les personnages sont à l’image des jouets, ils changent et évoluent au fil des années, ils s’endurcissent également. Gustave garde son âme d’enfant, des étoiles plein les yeux, des idées à foison, il est la lueur d’espoir des habitants du quartier. Valentine permet à Gustave de garder les pieds sur terre, elle est sa petite main, son ombre. Leur passion des jouets est transmise à leur fille, Quinze, aimée de tous les enfants. Elle est touchante à sa manière, elle est ingénue avec un fort caractère. 

« Dans le magasin jaune, les jouets croient en la victoire. Ils savent que les armées de plomb ne refont pas l’histoire mais la copient. Ils savent que les conquérants d’aujourd’hui seront nécessairement les perdants de demain, qu’aucune dictature ne dure et que les plus grands despotes deviennent tous, après leur ultime défaite, des figurines condamnées pour l’éternité à rejouer sans cesse leur débâcle. Car les enfants font perdre les perdants, indéfiniment. »

Ce roman est d’une beauté rare et délicate. Parler de la guerre n’est pas nouveau, de nombreux romans existent déjà sur le sujet. Mais Marc Trévidic en parle avec originalité et beaucoup de candeur. Les accroches liminaires de certains chapitres nous font retenir notre souffle. Elles permettent d’annoncer les évènements à suivre de façon métaphorique. De fait, le récit devient vite addictif. Les mots ont été sélectionnés avec soin afin de raconter une histoire forte et renversante.

La Magasin jaune est un roman qui vacille entre douceur enfantine et douleur causée par les conséquences de la guerre. J’ai lu ce livre sans pouvoir m’arrêter. Le monde autour était sur pause, les mots ont pris le dessus et les émotions ont explosé en moi. 

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