Archives pour la catégorie Classique

Le Parfum

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Titre : Le Parfum

Auteur : Patrick Süskind

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 280

 

  • Résumé de la quatrième de couverture : 

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pas survécu. 

Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements, et son âme n’avait besoin de rien. Or ce monstre de Grenouille avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ».

 

  • Mon avis :

Lu il y a quelques années, ce livre n’a cessé de me hanter jusqu’à ce que je me replonge dans une nouvelle lecture. Quelque chose d’unique se dégage de ce livre et ce n’est pas uniquement olfactif. 

Le destin de Jean-Baptiste Grenouille semble être tracé bien avant sa naissance. De son enfance à l’âge adulte, la vie semble être contre lui. Tous les malheurs humains possibles lui arrivent. Malgré son aspect monstrueux, Grenouille est doté d’un don unique : un odorat hors du commun. Aucune odeur ne peut lui résister.

« Cent mille parfums paraissaient sans valeur comparés à celui-là. Ce parfum unique était le principe supérieur sur le modèle duquel devaient s’ordonner tous les autres. Il était la beauté pure. »

C’est l’histoire d’un meurtrier qui pourtant n’a rien d’un meurtrier. Certes la vie de Grenouille ne fut pas simple, mais son don est pour lui un moyen de réaliser des choses incroyables. Toutefois, ce don est la source de son malheur ou de son absence de bonheur. Le fait est que Grenouille connaît toutes les odeurs qui existent sur terre, aucune n’échappe à son odorat. Pourtant cela ne lui est pas suffisant : Grenouille veut créer le parfum ultime, la senteur la plus parfaite.

Jean-Baptiste Grenouille est un personnage de roman unique en son genre et absolument incroyable. Je l’ai trouvé encore plus fascinant qu’à ma première lecture. Il est loin d’être parfait puisqu’il incarne le mal, mais il est si exceptionnel qu’on pourrait lui pardonner ses crimes. Son don le rend absolument singulier, mais c’est surtout sa vision du monde et des hommes qui fait de lui un personnage grandiose et si complexe.

« Ce qu’il désirait, c’était l’odeur de certains êtres humains : à savoir de ces êtres rarissimes qui inspirent l’amour. C’étaient eux ses victimes. »

Outre le protagoniste, si j’apprécie autant cette œuvre c’est pour la plume de son auteur. À l’image de Grenouille, Süskind doit avoir un don pour l’écriture puisqu’il arrive à transmettre à travers les mots de nombreuses sensations, la plupart étant olfactives. Les descriptions sont d’une beauté irréelle, comme l’est ce roman.

Le Parfum est une œuvre comme on en trouve peu. Elle est de celles qui marquent, qui laissent une empreinte à son lecteur. Je sors de cette seconde lecture encore plus troublée qu’à la première. L’histoire de ce meurtrier devrait être connue de tous.

Anna Karénine

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Titre : Anna Karénine

Auteur : Tolstoï

Éditions : Folio classique

Pages : 894

 

  • Résumé :

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère. Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine. Dans son insondable solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

 

  • Mon avis :

Ah Tolstoï ! Ah Anna Karénine ! Avant de lire cette œuvre je l’idéalisais déjà beaucoup. Il y a une sorte d’aura qui virevolte autour d’elle. Après lecture, ce roman est comme je l’imaginais : unique, émouvant, inoubliable.

« Les jeunes filles de l’univers se divisaient en deux catégories : l’une, qui les comprenait toutes sauf ‟elle”, participait à toutes les faiblesses humaines ; l’autre, qu’elle composait à elle seule, ignorait toute imperfection et planait au-dessus de l’humanité. »

Dans ce beau pavé, plusieurs histoires se mêlent à celle de l’héroïne éponyme, mais toutes tournent autour de l’amour. L’amour présenté ici n’a rien de sot. Il est décrit avec une certaine volupté, comme quelque chose de singulier qui rend l’homme vivant. Au-delà des convenances de la société russe, Anna Karénine, fil conducteur de ce roman, va s’éprendre du comte Vronski et révéler cette liaison secrète à son mari Alexis Alexandrovitch Karénine. Ce dernier a pour dessein de sauver les apparences et de garder la réputation due à son nom. Derrière cette vague passionnelle qui touche également Lévine et Kitty, se trouvent des problèmes portant sur la politique et l’agriculture.

Tolstoï a fait le choix de plonger son lecteur dans l’intrigue dès la première page en présentant certains des personnages principaux et les liens qu’ils ont entre eux. Anna Karénine raconte donc deux passions : l’une heureuse, celle de Lévine et Kitty, et l’autre, le triangle Anna-Vronski-Karénine, considérée comme un mal. Toutefois, la passion, bien qu’elle soit très prenante et présente tout au long du roman, n’est qu’une partie de l’intrigue. L’autre repose sur l’importance du regard et du jugement d’autrui face à des situations peu habituelles et surtout non conventionnelles.

« Il ne pouvait s’y tromper : ces yeux étaient uniques au monde, et une seule créature personnifiait pour lui la joie de vivre, justifiait l’existence de l’univers. C’était elle. »

Étonnamment, j’ai apprécié le fait qu’il y ait beaucoup de personnages tant ils sont riches et variés. J’ai attendu avec impatience l’arrivée d’Anna qui fut magistrale et à la hauteur de mes espérances. Anna est l’incarnation de la beauté sous toutes ses formes. Elle est l’héroïne parfaite. Tout comme elle, j’ai été charmée par Vronski. C’est un personnage incroyable à la personnalité touchante. Karénine l’est également, mais à sa manière. Le fait qu’il soit plus sévère et assez porté sur les règles le rend quelque peu ennuyant, mais je crois qu’on ne peut qu’éprouver de la compassion à son égard. Le dernier personnage bouleversant selon moi est Lévine. On peut aisément s’identifier à lui tant il est humain et semble si réel.

J’appréhendais la lecture de ce monument littéraire. En effet, la plume de Tolstoï est si impressionnante. Elle est perturbante pour sa justesse et sa finesse sans rien avoir de complexe. Il y a certes quelques longueurs au fil des pages, mais l’auteur guide son lecteur pour qu’il ne se perde pas dans cette fabuleuse aventure au cœur de la Russie du XIXème.

« Tantôt elle songeait qu’elle aurait pu encore connaître d’heureux jours : combien il était dur d’aimer et de haïr tout à la fois ! combien surtout son pauvre cœur battait à se rompre !… »

En refermant cette œuvre, je ressens une certaine fierté et un petit pincement au cœur de devoir (déjà) quitter ces personnages, après plus de 800 pages de lecture. Je comprends enfin pourquoi ce roman est si grandiose. Merci Monsieur Tolstoï pour cette merveille.

Le Joueur

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Titre : Le Joueur

Auteur : Dostoïevski

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 193

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Alexis Ivanovitch joue d’abord pour gagner, puis pour étonner, enfin pour espérer. Il n’a pas misé seulement de l’argent mais sa vie elle-même. Ce récit suit comme une ombre Dostoïevski durant les quinze ans pendant lesquels, à Moscou et à Baden-Baden, il se ruina au jeu. Jouer, c’est tenter le diable, c’est aussi tenter Dieu. Alexis a voulu tout risquer, toucher le fond pour connaître la compassion et la grâce divines. Il y a une autre malédiction dans l’existence d’Alexis Ivanovitch, une femme-bourreau, Pauline, la belle-sœur du général dont il est le précepteur et qui rappelle Apollinaria, que Dostoïevski aima d’un amour douloureux. Autour d’eux, des êtres malfaisants ou étonnants, dévorés par la passion du gain. 

 

  • Mon avis : 

Je continue ma découverte de la littérature russe avec Dostoïevski et non pas avec les pavés qu’on lui attribue, mais avec Le Joueur, un court roman que j’ai trouvé exceptionnel avec une plume incroyable. 

« Vous savez bien ce qui m’a dévoré. Puisque je n’ai pas d’espoir, puisque à vos yeux je ne suis rien, je vous le déclare franchement : je ne vois que vous, partout. Le reste m’est parfaitement égal. Je ne sais pourquoi ni comment je vous aime. Peut-être n’êtes-vous même pas belle ? Figurez-vous, je ne le sais pas : votre visage au moins est-il beau, ou pas ? Votre cœur n’est sûrement pas bon, et votre esprit manque de noblesse ; c’est fort possible. »

Alexeï Ivanovitch se retrouve malgré lui pris dans l’enfer du jeu, celui où l’on joue et gagne de l’argent au point d’en devenir fou. Le protagoniste, d’abord naïf face à sa découverte du jeu, est par la suite partagé entre son amour pour le jeu et son amour pour Pauline Alexandrovna.

Ce récit écrit à la première personne nous plonge dès le début dans son intrigue qui, paraît-il, serait grandement autobiographique. L’histoire est assez courte, de fait nous avons l’impression que l’action se déroule trop vite. Toutefois, cela n’enlève rien au charme du texte et de son intrigue. Le jeu et l’addiction qu’engendre ce dernier sont les thèmes principaux évoqués par l’auteur, ainsi que la passion amoureuse.

« Mais le plaisir est toujours utile, et un pouvoir despotique, illimité – ne fût-ce que sur une mouche, – c’est aussi une sorte de volupté. L’homme est un despote par nature et il aime être un bourreau. Vous aimez cela énormément. »

Je ne pouvais que tomber sous le charme d’Alexeï Ivanovitch et pas uniquement pour la  beauté de la consonance de son nom. Il peut antipathique, mais je crois qu’il est juste détruit par le jeu et par la terrible passion qu’il éprouve pour Pauline, ce qui le rend encore plus incroyable. Pauline est détestable. Elle semble dénuée de tout sentiment ce qui la rend indéniablement cruelle au yeux de ce cher Alexeï. J’ai beaucoup apprécié la douceur et la bonté de Mr. Astley. Cependant l’autre personnage remarquable, après Alexeï, est la grand-mère qui se révèle être plus que surprenante.

J’ai été agréablement surprise par la plume de l’auteur. Je pensais qu’elle serait plutôt complexe, mais ce n’est pas le cas. Une certaine simplicité s’en dégage, tout en étant mêlée à une forme de délicatesse et d’élégance, notamment dans les mots employés par Dostoïevski pour décrire la folie prenant le joueur et la passion étouffant l’homme.

« Savez-vous ce qu’il y a d’incroyable ? Je vous aime chaque jour davantage, alors que c’est presque impossible. »

Après avoir été conquise par le héros de cette œuvre, c’est son auteur qui m’a charmée. Un (trop) court roman à lire pour sa sincérité, son innocence et toute la beauté qui en ressort.

À rebours

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Titre : À rebours

Auteur : Huysmans

Éditions : Folio classique

Pages : 397

  • Quatrième de couverture :

La Bible de l’esprit décadent et de la « charogne » 1900. À travers le personnage de des Esseintes, Huysmans n’a pas seulement résumé, immortalisé les torpeurs, les langueurs, les névroses vénéneuses et perverses du siècle finissant. Des Esseintes est aussi un héros kierkegaardien, à la fois grotesque et pathétique, une des plus fortes figures de l’angoisse qu’ait laissées notre littérature.

  • Mon avis :

Œuvre décadente par excellence, j’ai enfin lu À rebours avec l’habituelle appréhension accompagnant la lecture d’un monument de la littérature. Pour être sincère, je ne pensais pas apprécier ce roman en sachant qu’il « ne se passe rien », mais en réalité, il se révèle être incroyable, hors du temps. 

« Le fait est que, comme la douleur est un effet de l’éducation, comme elle s’élargit et s’acière à mesure que les idées naissent : plus on s’efforcera d’équarrir l’intelligence et d’affiner le système nerveux des pauvres diables, et plus on développera en eux les germes si furieusement vivaces de la souffrance morale et de la haine. »

Des Esseintes a fui la société parisienne afin de se retirer dans un endroit plus paisible. C’est une façon pour ce non-héros de se retrouver avec lui-même et de se concentrer sur toutes sortes de réflexions portant sur l’art, la littérature, la société ou la vie.

Ce roman est avant tout connu pour son cruel manque d’intrigue. Outre les nombreuses réflexions du protagoniste, il est vrai : il ne se passe strictement rien. Histoire d’ergoter, il est évidemment exagéré de dire cela. Après tout, en livrant ses pensées, le personnage principal fait une action, donc il se passe des choses, du moins dans son esprit et dans celui du lecteur. Mais passons. La folie de des Esseintes prend peu à peu le dessus sur ses pensées, les souvenirs et remords refont irrévocablement surface.

« Il faudrait pouvoir s’empêcher de discuter avec soi-même ; il faudrait pouvoir fermer les yeux, se laisser emporter par ce courant. »

Ce personnage est si singulier qu’il en devient exceptionnel. Il semble dénué de tout intérêt, ou du moins concernant la vie. Repoussé dans ses retranchements, exclu de la société, il développe une folie particulière et révélatrice de sa profonde intelligence. Peut-être est-ce pour cela que l’on ne peut détester ce non-héros.

Je me suis perdue à diverses reprises dans la beauté des phrases et des descriptions de Huysmans. Sa plume est si riche et talentueuse que les longues descriptions sont d’une délectation étonnante. Les passages où Huysmans évoque la littérature, sous toutes ses formes, et l’admiration que son personnage a pour elle ont été mes préférés tant ils sont justes et prodigieux.

« Comme un raz de marée, les vagues de la médiocrité humaine montent jusqu’au ciel et elles vont engloutir le refuge dont j’ouvre, malgré moi, les digues. »

À rebours est une œuvre complexe pour sa richesse, mais d’une beauté sans égale égayant les sens du lecteur. À lire pour sa splendeur et sa singularité.

La Débâcle

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Titre : La Débâcle

Auteur : Émile Zola

Éditions : Folio

Pages : 663

  • Résumé de la quatrième de couverture : 

Sedan, l’effondrement de la France impériale, frivole et corrompue, devant « l’esprit scientifique » de l’Allemagne et l’implacable mécanique de ses armées. La défaite, le siège de Paris, le brasier de la Commune, « l’exécrable semaine » de la répression versaillaise. Reportage militaire d’une scrupuleuse exactitude, fresque de deuil, de souffrance et de sang, le roman est aussi l’analyse de la déchirure qui est au coeur de la conscience collective des Français et que juin 1940 fera revivre.

 

  • Mon avis :

Dix-neuvième et avant-dernier tome des Rougon-Macquart, La Débâcle est un pavé impressionnant, relativement complexe mais très riche en informations historiques. Un défi saisissant relevé avec brio par le maître. 

« N’est-ce pas l’homme pitoyable qui a introduit l’idée de justice et de paix, lorsque l’impassible nature n’est qu’un continuel champ de massacre ? »

Jean Macquart, caporal dans l’armée de l’empereur se trouve en pleine guerre contre la Prusse. Il est difficile de croire qu’il aurait pu survivre à toutes les atrocités de cette guerre sans sa précieuse amitié avec Maurice Levasseur. Cependant, rien ne va se passer comme prévu lorsque l’armée prussienne commence à envahir Sedan.

Dans ce roman, Zola a fait le choix de traiter deux évènements historiques : la défaite de Sedan de 1870 et la Commune de 1871. C’est le thème de la guerre qui ressort ici, son côté sanglant sans rien épargner de la souffrance et de la peur des soldats, mais aussi l’ennui qu’ils endurent et la terrible attente. Une description de la rude vie menée par les soldats mais également au-delà de la misère de la guerre, l’importance de l’amitié dans des temps aussi critiques.

« Pourquoi perdre un jour ? Ce n’était pas parce quoi se battait, que le blé cesserait de croître et le monde de vivre. »

Il est le premier Rougon-Macquart qui me perd autant dans les personnages. Ils sont certes nombreux, mais j’ai tout de même réussi à en apprécier certains, notamment Maurice. Il est l’intellectuel du roman, ce personnage est plutôt sensible et attachant. Il rutile grâce à sa forte relation avec sa soeur jumelle Henriette et à l’admiration qu’il porte à son caporal Jean. Ce dernier prendra Maurice sous son aile et le protégera toujours.

J’ai été surprise par la dureté de certaines scènes, mais il fallait qu’elles soient aussi détaillées  pour être réelles. Zola a le don de ne rien cacher à son lecteur, il lui raconte la guerre telle qu’elle est. C’est ainsi que l’on décèle la répugnance de l’auteur pour celle-ci, répugnance que j’ai partagé, tout comme la peine que j’ai pu ressentir en fermant cette œuvre.

« C’était la révolte du moi, l’engagement égoïste de l’individu qui ne veut pas se sacrifier pour l’espèce et finir. »

Un roman long sur le début mais qui attire assez vite l’intérêt du lecteur. Comment ne pas s’attacher à ces personnages qui vivent ce qu’il y a de pire ? Comment rester insensible devant des mots aussi forts pour décrire la cruauté ? C’est un nouveau coup de maître du maître.

La Ferme des animaux

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Titre : La Ferme des animaux 

Auteur : George Orwell

Éditions : Folio

Pages : 151

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Boule de Neige et Napoléon, cochons en chef, affichent le règlement :

« Tout deuxpattes est un ennemi. Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami. Nul animal ne portera de vêtements. Nul animal ne dormira dans un lit. Nul animal ne boira d’alcool. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux. »

Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer :

« Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres. »

  • Mon avis : 

Pourquoi n’ai-je pas lu ce livre avant ? C’est la question que je ne cesse de me poser depuis quelques jours. Je me console en me disant que le lire maintenant est plutôt pertinent et en parfaite cohérence avec l’actualité. 

« Quelle est donc, camarades, la nature de notre existence ? Regardons les choses en face : nous avons une vie de labeur, une vie de misère, une vie trop brève. Une fois au monde, il nous est tout juste donné de quoi survivre, et ceux d’entre nous qui ont la force voulue sont astreints au travail jusqu’à ce qu’ils rendent l’âme. »

Une révolution menée par les animaux éclate à la Ferme du Manoir ; marre d’être exploités par les hommes, les animaux se prennent la direction de la Ferme. Toutefois, alors qu’ils pensaient fuir une certaine oppression, ils es retrouvent face à une nouvelle dictature.

On connaît le refrain sur l’égalité entre les êtres, ici animaux, mais certains se détachent des autres par leur intelligence ou leurs capacités supérieures. L’égalité va peu à peu disparaître pour voir émerger une sorte de classe animale supérieure se distinguant des autres. Les plus habiles sont les cochons qui vont de suite prendre le pouvoir et instaurer un nouveau régime. À partir de là, les choses vont inévitablement se compliquer.

« Toutes les moeurs de l’Homme sont de mauvaises moeurs. Mais surtout, jamais un animal n’en tyrannisera un autre. Quand tous sont frères, peu importe le fort ou le faible, l’esprit profond ou simplet. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux. »

Les personnages sont certes nombreux, mais les divers clivages entre eux permettent de les distinguer les uns des autres. Ce fut assez perturbant au début de la lecture de voir les animaux penser, parler et agir. J’ai également été assez déstabilisée face à tous les actes dont ils sont capables. Ces animaux ne sont pas comme les autres et sont plus humains que nous ne le sommes réellement.

J’ai été agréablement surprise par la facilité du texte. Je m’attendais à quelque chose de complexe vu les thèmes traités, mais non, c’est tout à fait abordable. L’écriture d’Orwell est précise, réfléchie et incroyablement intelligente. Traiter de l’URSS ne fut certainement pas une chose aisée, mais il s’en sort avec brio. La comparaison que nous pouvons faire avec d’autres régimes dictatoriaux n’est absolument pas anodine et c’est ce qu’il y a de terrible avec ce texte.

« Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre. »

Cette lecture est définitivement troublante et marquante. C’est avec légèreté que George Orwell peint, à travers cette Ferme des animaux, une société  tyrannique et corrompue, une société qui se reflète encore aujourd’hui.

La Peau de chagrin

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Titre : La Peau de chagrin

Auteur : Balzac

Éditions : Le Livre de Poche

Pages : 407

  • Résumé de la quatrième de couverture : 

Un jeune aristocrate désargenté et désespéré, Raphaël de Valentin, reçoit d’un vieil antiquaire une peau d’onagre miraculeuse et maléfique : elle satisfait tous ses désirs, mais elle rétrécit à chaque souhait exaucé. Raphaël, qui rêvait de conquérir le monde, découvre ainsi, au prix de sa propre existence, que « Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ». Seul face à sa mort, dont il peut chaque jour calculer l’échéance, il délaisse la société de hommes, renonce à la jouissance du monde.

  • Mon avis :

Prenez du fantastique et ajoutez-le au réalisme ; complétez avec une intrigue incroyable et des personnages extraordinaires. Enrichissez le tout avec la plume de Balzac et vous obtenez un chef-d’œuvre. La Peau de chagrin m’intéressait depuis un petit moment et puis je l’ai lu et je suis certaine d’être tombée sur la plus fabuleuse des œuvres de Balzac. 

« Je suis fou. Je sens la folie rugir par moments dans mon cerveau. Mes idées sont comme des fantômes, elles dansent devant moi sans que je puisse les saisir. Je préfère la mort à cette vie. »

Raphaël de Valentin souhaite mourir. C’est par hasard qu’il entre chez un antiquaire et que ce dernier lui remet un talisman unique : une peau de chagrin aux propriétés magiques. Celle-ci a le pouvoir de réaliser tous les désirs de son détenteur. Cependant, à chaque voeu exaucé, la peau de chagrin se réduit. Raphaël pensait enfin toucher au bonheur, mais il s’en éloigne jour après jour et est plus torturé que jamais.

C’est dans l’univers réaliste habituel de Balzac qu’émerge étonnamment le fantastique. Dès cette trame narrative atypique j’ai été conquise. La vie du protagoniste ne tient qu’à cette peau et aux voeux qu’il mentionne et qui réduisent peu à peu sa vie à néant. Nous faisons face à l’interrogation principale de ce roman : ne devons-nous pas nous contenter de ce que nous avons déjà ?

« J’étais la proie d’une excessive ambition, je me croyais destiné à de grandes choses, et je me sentais dans le néant. J’avais besoin des hommes, et je me trouvais sans amis. Je devais me frayer une route dans le monde, et j’y restais seul, moins craintif que honteux. »

Les personnages sont grandioses. Raphaël peut sembler détestable, tout comme Rastignac, mais je les ai tous deux adorés. Certes Raphaël a cette terrible envie de richesse et d’amour, mais il prend conscience de cet excès et des risques qui y sont liés. C’est en réalité un personnage  qui est à la fois réfléchi et torturé par lui-même. J’ai beaucoup aimé Pauline qui est touchante et qui dégage une certaine innocence ce qui permet à Raphaël de garder les pieds sur terre.

Il n’est pas nécessaire d’évoquer longuement la beauté de l’écriture de Balzac et de ses descriptions. Ce roman est riche en réflexion concernant la vie, la mort, le désir et la possession. Balzac a irrévocablement fait quelque chose de très grand et d’unique.

« Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme. »

La richesse de ce roman et de son intrigue est une merveille. La Peau de chagrin se révèle être un véritable coup de cœur qui, pour moi, est un sans faute.