Archives pour la catégorie Classique

Béatrix

couv38268192.jpg

Béatrix

Balzac

Folio 

535 pages

 

Quatrième de couverture

L’éducation sentimentale d’un jeune homme, Calyste du Guénic, « magnifique rejeton de la plus vieille race bretonne » (l’action commence à Guérande), et le douloureux vieillissement d’une femme de lettres, Félicité des Touches, qui, après avoir hésité devant un dernier amour, achèvera dans un couvent l’ « ardente aridité » de sa vie. George Sand a inspiré le personnage de Félicité. Marie d’Ajout et Liszt ceux de la marquise de Rochefide, « Béatrix », et de son amant, le musicien Conti, qu’elle a autrefois volé à Félicité. Entre ces quatre êtres se joue un drame subtil et dangereux dans lequel Pierre Gascar voit « l’expression la plus achevée du romantisme balzacien » et qui résume les problèmes de la condition féminine au XIXe siècle.

 

Mon avis 

Je pensais m’égarer dans la douceur de Béatrix, mais nous sommes loin du Rêve de Zola malgré les ressemblances évidentes des deux protagonistes. C’est un roman initiatique, un drame sentimental.

« Je vous dirai, mon ami, que les femmes sont parfois mauvaises ; mais elles ont des grandeurs secrètes que jamais les hommes ne sauront apprécier. »

Le jeune Calyste de Guénic est fasciné par la grande Félicité des Touches, une femme de lettres savante, un peu garçonne, beaucoup plus âgée que lui, mais dont il va s’éprendre jusqu’à sa rencontre avec l’incroyable et la fougueuse Béatrix qui viendra longtemps le hanter. 

Ô chère Bretagne, doux lieu que Balzac a choisi pour son intrigue. Une Bretagne dépaysante dont les descriptions donnent le sentiment d’être ailleurs, très loin. C’est tout un drame que dépeint ici Balzac avec son talent habituel. Trois grandes parties viennent installer le décor, présenter les personnages, annoncer l’intrigue et son malheur inévitable. Flaubert n’est pas le seul pouvant écrire l’éducation sentimentale de son héros puisque Balzac le fait encore plus finement. Calyste apprend à aimer et apprend de ses erreurs. Les femmes sont plus terribles les unes que les autres, mais la passion semble les ramener à la raison.

« La beauté, ma chère, est le génie des choses ; elle est l’enseigne que la nature a mise à ses créations les plus parfaites, elle est le plus vrai des symboles, comme elle est le plus grand des hasards. »

Calyste est décrit comme un être raisonnable, attentif, d’une beauté divine, mais d’une candeur qui lui cause bien des souffrances. Entre éducation sentimentale et éducation savante, Calyste suit une ascension brillante. Son innocence reste si excessive qu’elle nous fait éprouver de la peine à son égard. Elle est toutefois atténuée par la rivalité entre Félicité et Béatrix. Envoutantes et cruelles, ces deux femmes sont d’un caractère remarquable qui comporte néanmoins quelques faiblesses. 

La première partie intitulée « Les Personnages » est la subtilité de l’œuvre tant elle est une introduction parfaite avec les éternelles descriptions balzaciennes venant mettre l’eau à la bouche. C’est une passion forte, unique, étouffante, renversante que nous décrit l’auteur. Nous sommes dans l’attente, dans le doute : est-ce que Calyste va s’en sortir de ses émois amoureux ? Quant à la justesse de la plume de Balzac, elle vient nous heurter de plein fouet.

« Ce n’est pas l’espérance, mais le désespoir qui donne la mesure de nos ambitions. On se livre en secret aux beaux poèmes de l’espérance, tandis que la douleur se montre sans voile. »

Béatrix est à lire, à relire, à dévorer, afin de vous hanter comme elle est venue hanter Calyste. 

Publicités

Eugène Onéguine

couv12256179.jpg

Eugène Onéguine

Alexandre Pouchkine

Babel

379 pages

 

Quatrième de couverture par André Markowicz

« Placé du côté de la légèreté, du sourire, le roman de Pouchkine est unique dans la littérature russe : il n’apprend pas à vivre, ne dénonce pas, n’accuse pas, n’appelle pas à la révolte, n’impose pas un point de vue, comme le font, chacun à sa façon, Dostoïevski, Tolstoï, ou, plus près de nous, Soljénitsyne et tant d’autres, Tchekhov excepté…

En Russie, chacun peut réciter de larges extraits de ce roman-poème qui fait partie de la vie quotidienne. À travers l’itinéraire tragique d’un non-concordance entre un jeune mondain et une jeune femme passionnée de littérature, il est, par sa beauté, par sa tristesse et sa légèreté proprement mozartiennes, ce qui rend la vie vivable. »

 

Mon avis

Eugène Onéguine est la plus grande œuvre de Pouchkine. Sa renommée vient de sa particularité : il s’agit d’un roman écrit en vers. Une forme étonnante et d’une beauté à retourner l’esprit. 

La jeune Tatiana est séduite par ce cher Eugène Onéguine. Afin de lui déclarer sa flamme, elle lui écrit une lettre qui n’aura aucun effet sur lui, outre un profond désintérêt. Grandement blessée, Tatiana se doit de surmonter sa peine. Quelques années après, Eugène revoit cette jeune femme dont il tombe irrémédiablement sous le charme, ce qui classe cette histoire parmi les plus tragiques.

Ce roman en vers et en huit chapitres raconte la plus belle et la plus triste des histoires d’amour. Les deux protagonistes ne connaitront jamais la joie de vivre leur relation au grand jour. C’est tour à tour qu’ils vont se chercher sans jamais se trouver. Tout n’est qu’un jeu de séduction, d’ignorance, de sentiments et de rejet. Bien que l’aventure des deux amants soit le sujet central de ce texte, Pouchkine se permet, parfois avec humour, de dépeindre d’autres personnalités et petites intrigues également intéressantes.

« Là, dans la chambre solitaire,

Comme arrachée à notre terre,

Enfermée seule tout à coup,

Elle pleura, longtemps, beaucoup.

Puis elle examina les livres.

D’abord, ce fut distraitement,

Mais, peu à peu, l’assortiment

Lui en parut étrange. A suivre

Titre après titre, alors, s’ouvrit

Un monde neuf pour son esprit. »

Aussi différents soient-ils, Tatiana et Eugène suivent une évolution à l’inverse l’une de l’autre. L’indifférence d’Onéguine est blessante, même pour le lecteur. Mais ce personnage révèle, notamment à la fin du roman, un trait touchant de sa personnalité. Il n’est plus cet homme si fier et insensible du début. Quant à elle, Tatiana se voit devenir fragile suite au rejet d’Eugène. Cependant, suite au brillant retournement de situation, c’est une autre femme qui apparaît. Une Tatiana plus sûre d’elle, plus forte et surtout capable de résister à son ancien amour.

Il est certain que toute la beauté de cette œuvre réside dans sa forme unique et désarmante. Une histoire sous la plus admirable des formes poétiques, avec des rimes à la douce résonance. Seul Pouchkine pouvait réaliser cette prouesse littéraire. Les vers nous entraînent sur un chemin incertain et nous offre une lecture à la fois hachée et envoutante.

Comment ne pas aimer cette œuvre magnifique, bijou de la littérature russe et classique.

La Mort heureuse

couv2316867.gif.jpeg

La Mort heureuse

Albert Camus

Folio

172 pages

Quatrième de couverture 

« Je suis certain qu’on ne peut être heureux sans argent. Voilà tout. Je n’aime ni la facilité ni le romantisme. J’aime à me rendre compte. Eh bien, j’ai remarqué que chez certains êtres d’élite il y a une sorte de snobisme spirituel à croire que l’argent n’est pas nécessaire au bonheur. C’est bête, c’est faux, et dans une certaine mesure, c’est lâche. »

 

Mon avis

C’est toujours avec appréhension que je lis la première œuvre d’un grand auteur. De fait, dans la continuité de ma découverte (qui n’en est plus une) de la bibliographie de Camus, j’ai décidé de lire son premier roman.

Patrice Mersault est à la recherche du bonheur qui, selon lui, trouve sa source dans l’argent et la richesse. Il décide de tuer Zagreus, un homme infirme, qui doit forcément être heureux puisqu’il est riche. Mais Meursault réalise que pour l’être à son tour, il va lui falloir du temps et de la patience.

« Le monde ne dit jamais qu’une seule chose. Et dans cette vérité patiente qui va de l’étoile à l’étoile, se fonde une liberté qui nous délie de nous-mêmes et des autres, comme dans cette autre vérité patiente qui va de la mort à la mort. »

Ce premier roman dit inachevé est d’une richesse incroyable. Il se compose de deux parties : la première porte sur le bonheur et la seconde sur son application, c’est-à-dire sur la manière d’atteindre cet état d’épanouissement à long terme. En outre, le personnage principal, Patrice Mersault, se lance dans une quête du bonheur avec un certain détachement. Toutefois, ses nombreuses réflexions sur la vie, la mort ou encore la solitude sont d’une exactitude étonnante et annonciatrices des textes futurs de l’auteur. Un roman qui fait donc écho à L’Étranger pour son action assez indifférente, mais qui ne nous fait pas tomber dans l’ennui.

« Crois-moi, il n’y a pas de grande douleur, pas de grands repentirs, de grands souvenirs. Tout s’oublie, même les grandes amours. C’est ce qu’il y a de triste et d’exaltant à la fois dans la vie. Il y a seulement une certaine façon de voir les choses et elle surgit de temps en temps. C’est pour ça qu’il est bon quand même d’avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie. Ça fait du moins un alibi pour les désespoirs sans raison dont nous sommes accablés. »

Quel protagoniste merveilleux ! Mersault est un être décalé par rapport aux autres, il ne semble pas être fait pour son époque, pour la société dans laquelle il vit. Sa complexité réside dans les relations qu’il entretient avec les autres personnages. Ces derniers sont à la fois un prétexte pour combler sa solitude, mais aussi une façon de la retrouver en s’éloignant volontairement d’eux. Mersault n’a pas besoin d’autrui pour vivre ou être heureux, seule sa personne lui permet d’être plus ou moins comblé.

Le texte ou les personnages ne sont pas ce qu’il y a de plus remarquable dans ce roman. C’est avant tout l’écriture de Camus qui le rend prodigieux. On dirait qu’il y a une double écriture. En effet, quand il est question des réflexions sur les thèmes évoqués précédemment, les phrases sont plus longues avec une construction riche aussi bien pour la forme que pour le fond. Cependant, les dialogues et les descriptions sont plutôt brefs. On ne peut que percevoir l’importance que Camus accorde aux idées développées ici et que l’on retrouvera dans ses autres œuvres.

« Et leur cœur de douleur et de joie sait entendre cette double leçon qui mène vers la mort heureuse. »

La Mort heureuse est une lecture troublante, certainement l’une des plus intéressantes de Camus.

Yvette

couv58570977.jpg

Yvette

Maupassant

Folio

161 pages

 

  • Quatrième de couverture : 

Yvette est une courtisane, qui fréquente le grand monde des aventuriers. C’est une amoureuse de la vie, une âme romantique, rêveuse et passionnée. Mais elle est aussi bien naïve : n’a-t-elle pas compris que sa condition lui interdit le mariage avec un homme de la haute société, dans laquelle elle est pourtant à son aise ? Ne sait-elle pas que sa mère appartient, comme elle, à la « prostitution dorée » ? Comment dès lors échapper à son destin et devenir une « honnête femme » ?

 

  • Mon avis :

Il y a longtemps que je n’avais pas lu une nouvelle de Maupassant. Mon choix s’est tourné vers Yvette dont on entend peu parler, ce qui est fort dommage.

Yvette côtoie depuis toute petite le monde de la débauche. Mais quand vient pour elle le moment de se marier, elle choisit l’homme qu’elle aime et qui n’appartient pas à sa classe sociale. Yvette aura bien du mal à comprendre cela et pour quelles raisons sa mère refuse son union avec Servigny.

« Je ne parle pas du besoin bestial d’étreinte, mais de ce tourment moral et mental de ne faire qu’un avec un être, d’ouvrir à lui toute son âme, tout son cœur et de pénétrer toute sa pensée jusqu’au fond. »

Une nouvelle tournant autour de la naïveté et de l’illusion dans lesquelles vit le personnage éponyme. Yvette rêve d’amour alors qu’elle semble être née pour suivre les traces de courtisane de sa mère. Tant d’incompréhension dans le refus de cette dernière au sujet de son éventuel mariage avec le cher Servigny. Toutefois notre héroïne va saisir les difficultés que cela pourrait entraîner. Si on ne peut vivre avec la personne désirée, que faire outre mourir ?

Yvette est naïve, elle est fourbe, possessive et capricieuse, mais elle est blessée par sa découverte sur la réalité alors qu’elle était en pleine illusion. Sa vie n’est finalement pas celle qu’elle croyait. Malgré tout cela, on comprend sa peine. J’ai apprécié ce personnage torturée, à l’image de Servigny, l’amant tant désiré et désireux de la jeune Yvette. Ce duo de personnages fonctionne à merveille tant ils sont complémentaires. Mais il faut bien avouer que Servigny est particulièrement touchant avec ses belles déclarations aux mots terriblement justes et marquants.

« Dans tous les cas, elle me préoccupe beaucoup. Oui, je suis peut-être amoureux. J’y songe trop. Je pense à elle en m’endormant et aussi en me réveillant…c’est assez grave. Son image me suit, me poursuit, m’accompagne sans cesse, toujours devant mon, autour de moi, en moi. »

Cet amour qui semble maudit est très bien décrit par Maupassant. À travers les pensées et les réflexions de ses personnages, l’auteur nous dépeint à sa manière la vie, l’amour et la mort, le tout avec douceur.

Cette nouvelle est touchante. Au fil des pages, on apprend à apprécier Yvette, à aimer Servigny et à partager leur peine. Une histoire mélancolique qui vaut la peine d’être lue.

Lolita

couv39775351.jpg

Lolita

Nabokov

Folio

502 pages

 

  • Quatrième de couverture 

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.

Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c’était toujours Lolita. »

 

  • Mon avis

Une histoire souvent critiquée, blâmée alors que derrière son apparence répugnante voire monstrueuse, se cache la plus poétique des histoires d’amour interdites. 

Humbert Humbert raconte son histoire. Celle d’une homme d’un trentaine d’années qui tombe éperdument, terriblement amoureux de la fille de douze ans de la femme qui partagera sa vie quelque temps. Quand la mère de Dolorès meurt, le narrateur peut enfin posséder sa nymphette. Un jeu dangereux commence.

« D’emblée, nous fûmes passionnément, gauchement, scandaleusement, atrocement amoureux l’un de l’autre. »

Humbert éprouve un intérêt particulier et sans limite pour celles qu’il appelle les « nymphettes », des jeunes filles âgées de 9 à 14 ans. Une passion, une pulsion, une obsession qui attend son paroxysme lorsqu’il rencontre Dolorès, Lolita, Dolly, Lo, fille de Charlotte Haze. Son fantasme est si fort, il veut tellement qu’elle lui appartienne, qu’il épouse la « Grosse Haze ». Sa mort est le doux synonyme de liberté pour Humbert. La relation entre Lolita et Humbert est malsaine, c’est certain. Mais je persiste à penser qu’elle n’est pas aussi choquante qu’elle n’y paraît. Humbert n’est pas le seul responsable, il n’est pas un vil pédophile et Lolita n’est pas une pauvre victime. Toute la complexité de ces deux êtres réside dans leur relation.

Je me demande si Dolly n’est pas plus abjecte qu’Humbert. Elle est manipulatrice, simulant la naïveté pour mieux jouer avec les sentiments d’Humbert. J’ai éprouvé de la peine pour lui même si cela n’excuse pas ses actes. Il n’est pas dénué de sentiments, bien au contraire, il déborde d’amour pour sa nymphette. Il est infâme mais souffre énormément. Sa peine peut être compréhensible.

« Il m’a brisé le cœur. Toi, tu n’as brisé que ma vie. »

Ses paroles et ses pensées, perturbantes pour la plupart, sont embellies par le merveilleux style de Nabokov. Le laid devient le beau. L’horreur devient douce grâce aux phrases poétiques qui dominent ce roman. Ce n’est pas l’histoire qui est choquante mais le style de l’auteur qui est d’une rareté.

Trop de malentendus ou de mauvais soupçons tournent autour de Lolita. Ce livre n’est pas un mal, mais l’histoire d’un homme qui a eu le malheur d’avoir de laides pulsions. C’est une œuvre incroyable.

Les Chemins de la liberté, tome 1 : L’Âge de raison

21919165_10213918081297302_1203855705_n.jpg

Titre : Les Chemins de la liberté, tome 1 : L’Âge de raison

Auteur : Sartre

Éditions : Folio

Pages : 370

 

  • Quatrième de couverture :

« Ivich regardait à ses pieds d’un air fermé.

-Il doit m’arriver quelque chose.

-Je sais, dit Mathieu, votre ligne de vie est brisée. Mais vous m’avez dit que vous n’y croyiez pas  vraiment.

-Non, je n’y crois pas vraiment… Et puis il y a aussi que je ne peux pas imaginer mon avenir. Il est barré. 

Elle se tut et Mathieu la regarda en silence. Sans avenir… Tout à coup il eut un mauvais goût dans la bouche et il sut qu’il tenait à Ivich de toutes ses forces. C’était vrai qu’elle n’avait pas d’avenir : Ivich à trente ans, Ivich à quarante ans, ça n’avait pas de sens. Il pensa : « Elle n’est pas viable. » »

 

  • Mon avis :

Les Chemins de la liberté, qu’est-ce ? Ce sont trois romans ou plutôt une trilogie qui se situe entre 1938 et 1940. Elle évoque des thèmes marquants comme la liberté, les choix, l’idée d’engagement ou encore l’amour. L’Âge de raison est le premier tome de cette série prometteuse. 

« On n’en finit jamais avec la famille, c’est comme la petite vérole, ça vous prend quand on est gosse et ça vous marque pour la vie. »

Face à sa compagne enceinte, Mathieu, professeur de philosophie, est contraint de trouver une importante somme d’argent pour que Marcelle puisse avorter. N’étant pas tenté par la voie du mariage, Mathieu se lasse de Marcelle qu’il délaisse et est de plus en plus attiré par la jeune Ivich. En plein dans l’âge de raison, Mathieu doit apprendre à faire des choix.

Les faits sont énoncés dès le début : Marcelle est enceinte, c’est un accident, la seule solution et la plus sensée est l’avortement. Mathieu, coupable selon lui, va tout faire pour trouver l’argent nécessaire. Une trame narrative qui, en réalité, se révèle plus complexe que cela avec de profondes interrogations sur l’avortement, mais également sur l’homosexualité, le choix et la parole des femmes, et la notion de liberté. Une incroyable description de l’individualisme.

« Ce qu’il y avait de plus pénible dans la souffrance, c’est qu’elle était un fantôme, on passait son temps à lui courir après, on croyait toujours qu’on allait l’atteindre et se jeter dedans et souffrir un bon coup en serrant les dents, mais au moment où l’on y tombait, elle s’échappait, on ne trouvait plus qu’un éparpillement de mots et des milliers de raisonnements affolés qui grouillaient minutieusement. »

Le personnage de Mathieu est intéressant pour les nombreuses questions qu’il se pose et surtout pour son refus de l’engagement à l’égard de Marcelle qui reflète l’impossibilité ou le manque de parole des femmes à cette époque. La jeunesse et l’insouciance des autres personnages, à savoir Ivich, Boris ou Daniel, sont le parfait reflet de la jeunesse actuelle.

Dans ce roman on retrouve le Sartre tant apprécié des Mains sales et cette importance des choix à effectuer. Sartre met ici en avant sa philosophie et ses idées à travers des personnages qui se révèlent totalement perdus.

« Être libre. Être cause de soi, pouvoir dire : je suis parce que je le veux ; être mon propre commencement. »

Une trilogie qui commence fort avec L’Âge de raison, un roman qui permet de réfléchit sur bien des conditions et avant tout sur la condition humaine.

Le Docteur Pascal

couv1359125.gif

Titre : Le Docteur Pascal

Auteur : Zola

Éditions : Folio

Pages : 471

 

  • Résumé de la quatrième de couverture :

Dans cette touchante histoire d’amour entre un grand spécialiste de l’hérédité et sa nièce, on trouve l’aboutissement d’une aventure familiale, celle des Rougon-Macquart, et un roman scientifique sur ce sujet si actuel, l’hérédité ou la génétique. Bref, une synthèse de l’art et de la pensée, Le Crépuscule des dieux ou Le temps retrouvé de Zola, la fin d’une longue aventure qu’elle résumé et conclut, et un « appel à la vie », un splendide message d’espoir.

 

  • Mon avis :

Après quelques années, vingt tomes, plus de 9110 pages, j’ai terminé les Rougon-Macquart ou la plus magistrale des œuvres littéraires de Zola. Le Docteur Pascal vient clore la saga avec la plus merveilleuse note finale possible, celle de l’espoir. 

« Et c’est l’éternel besoin de mensonge, l’éternel besoin d’illusion qui travaille l’humanité et la ramène en arrière, au charme berceur de l’inconnu… »

Pascal Rougon, médecin et savant, est certainement le plus intelligent de la lignée des Rougon et de la branche bâtarde des Macquart. Il se passionne pour l’hérédité et notamment pour l’histoire de sa famille. Ses plans sont bouleversés quand il prend conscience de son amour pour sa nièce Clotilde qu’il a élevé.

L’histoire de ce roman suit celle des dix-neuf autres : un drame au sein du foyer causant à la fois bonheur et malheur. Cependant, il ne s’agit pas uniquement d’une simple histoire d’amour incestueuse entre un oncle et sa nièce. Quelque peu dérangeante, cette histoire marque pourtant l’espoir pour les générations à venir. Si cette œuvre est aussi incroyable c’est parce que Pascal nous résume, grâce à ses nombreux travaux sur son arbre généalogique, l’histoire des différents membres de sa famille, un moyen assez ingénieux pour revenir sur les autres tomes de la saga.

« Il est des jours où je crois, il en est d’autres où je suis avec toi et avec tes livres. C’est toi qui m’a bouleversée, c’est par toi que je souffre. Et toute ma souffrance est là peut-être, dans ma révolte contre toi que j’aime… »

De fait, je me suis demandée si le docteur Pascal, ce génie incroyable, n’était pas en réalité l’image de Zola. Le lien est frappant pour les travaux concernant l’hérédité ou pour certaines réflexions spécifiques comme la théorie de l’imprégnation. C’est pour cela que Pascal est aussi fascinant. Il semble différent de ses frères et sœurs, de ses parents, de ses cousins et cousines, mais leur sang coule dans ses veines et au fond de lui il est comme eux. Clotilde incarne le commencement du renouveau. Elle est obstinée et passionnée. À l’image de son oncle, Clotilde est très humaine ce qui la rend vraiment touchante. Mais le personnage le plus emblématique et surprenant est l’enfant inconnu, certainement pour le symbole qu’il incarne dès sa naissance.

Il n’est plus nécessaire d’écrire des éloges sur la plume du Maître puisqu’elle a été à chaque fois, de tome en tome, toujours plus fabuleuse. Peut-être est-ce parce que je savais que ce tome était le dernier, mais j’ai trouvé que tout l’art et le génie de Zola se retrouvaient ici. Il rend cet ultime opus fascinant aussi bien pour l’histoire d’amour que pour le point de vue scientifique. Ce roman est du pur et grand Zola !

« Et puis, notre existence n’est plus possible, tu vis et tu me fais vivre dans un cauchemar, avec l’envolée de ton rêve. »

Le Docteur Pascal est la parfaite conclusion attendue à la fresque du Maître. C’est avec une certaine tristesse et un peu de nostalgie que j’ai tourné la dernière page des Rougon-Macquart. C’était une aventure incroyable, un accomplissement personnel remarquable qui, comme le souhaitait peut-être Zola, a imprégné mon âme de lectrice.