Charlotte

Charlotte

Titre : Charlotte

Auteur : David Foenkinos

Éditions : Gallimard

Pages : 221

 

* Résumé de la quatrième de couverture :

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en luis disant : « C’est toute ma vie. » Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

 

* Mon avis :

Quand on est lecteur, on cherche toujours le livre qui va changer quelque chose, qui va arriver à nous  bouleverser au point de devoir arrêter sa lecture, de fermer le livre tout simplement pour se rendre compte de ce qu’on lit. On veut trouver la fameuse « perle rare » qui est une sorte d’accomplissement ultime pour le lecteur. Après de nombreuses lectures, j’ai trouvé le livre que je vais placer avant les autres, celui que je considère à présent comme ma « perle rare ». David Foenkinos parle de la « fascination » qu’il a pour Charlotte, je vais vous parler de celle que j’ai pour lui et pour ce roman.

Deux cent vingt-et-une pages qui retracent l’histoire d’une jeune femme, Charlotte Salomon, peintre de vingt-six ans qui a connu la Seconde Guerre Mondiale et les horreurs qui vont avec parce qu’elle était juive. Charlotte passe sa vie à souffrir, à tout garder enfoui en elle jusqu’au jour où elle commence à peindre. La peinture devient alors son échappatoire. La réalisation de son unique œuvre Leben? oder Theater?  (Vie ? ou Théâtre ?) est une forme de renaissance pour elle. David Foenkinos réalise quelque chose de grand en racontant la vie de cette femme dont le destin était tracé d’avance.

Dès la première page, Foenkinos fait fort en adoptant un style vraiment particulier et unique qui diffère de celui présent dans ses autres œuvres, et de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent. Cette manière d’écrire est incontestablement poétique, bien que fort étrange et incompréhensible, jusqu’à ce qu’il explique son choix :

« Pendant des années, j’ai pris des notes.

J’ai parcouru son œuvre sans cesse.

J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.

Mais comment ?

Devais-je être présent ?

Devais-je romancer son histoire ?

Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?

Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.

Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.

Je me sentais à l’arrêt à chaque point.

Impossible d’avancer.

C’était une sensation physique, une oppression.

J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. »

C’est à ce moment-là que j’ai aussi compris. J’ai compris la puissance de cette œuvre. Bien que cela puisse paraitre étonnant, Charlotte a toujours été importante pour Foenkinos. Derrière l’histoire d’une vie, il y a une belle histoire d’amour. Et c’est derrière cette histoire d’amour que se trouve l’histoire de tout un peuple. Derrière tout ceci se cache l’Histoire, notre Histoire. Charlotte est condamnée parce qu’elle nait juive à une époque où les nazis commencent à faire régner leurs propres lois, mais elle est surtout condamnée par sa famille et par l’épée de Damoclès qui s’agite au-dessus de sa tête. A travers l’histoire de Charlotte, Foenkinos évoque la manière dont il a pris connaissance de cette peintre, comment il en est arrivé à l’adorer au point de ressentir la nécessité d’écrire sur elle. J’ai moi-même fait la découverte d’une jeune femme extraordinaire. Charlotte n’a rien de commun, elle ne ressemble à personne. Elle est unique. Elle a passé sa vie à se battre, à chercher à comprendre, à survivre pour arriver à sa rencontre évidente avec la mort. Par choix, je n’ai parlé que de Charlotte, alors que les autres personnages sont également fascinants. Néanmoins, je vais juste évoquer Alfred qui a prononcé la plus belle phrase de ce roman et dont les conséquences ont permis la création de l’œuvre de Charlotte : « Puisses-tu ne jamais oublier que je crois en toi. » Cet homme a changé sa vie par le simple fait qu’il y est entré.

Ce livre est le sixième que je lis de Foenkinos. Je pensais avoir pleinement assimilé son style et son univers. Pourtant, ce livre est le premier de cet auteur qui me perturbe autant. Foenkinos fait vivre au lecteur l’histoire qu’a vécu Charlotte tout en la vivant lui aussi. J’ai eu l’impression d’être aux côtés de Foenkinos lorsqu’il visitait les divers lieux qu’elle a fréquentés. J’ai eu l’impression d’être l’ombre de Charlotte du début jusqu’à la fin. J’ai eu l’impression d’être Charlotte. Ce livre est oppressant parce qu’il est incroyablement beau. Ou alors il est beau parce qu’il est oppressant. Je pourrai établir une liste infinie de toutes les qualités dont il regorge, mais je vais vous laisser juger par vous-mêmes.

« C’est sur elle-même que se referme l’œuvre dont sa vie est le sujet. »

J’ai enfin compris pourquoi ce livre était si important pour David Foenkinos, pourquoi il a tant fait parler de lui. C’est un roman portant sur la mémoire, mais c’est surtout un roman qui, malgré tout, respire la vie. Foenkinos veut « charlottiser » tout le monde, je suis maintenant « charlottisée ».

Merci monsieur Foenkinos.

* Ma note :

10/10

Publicités

5 réflexions au sujet de « Charlotte »

  1. Ping : C’est lundi que lisez-vous ? #54 | justinsunrise

  2. Ping : Bilan Avril 2016 | justinsunrise

  3. Ping : Bilan annuel 2016 | justinsunrise

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s